26 octobre 2006

Halloween ou Trauliichtbrennen


Halloween approche, le temps est venu de manger de la citrouille pour la première (et dernière) fois de l'année, de s’habiller en orange, d’aller au festival cinenygma et, pour les plus motivés, de se déguiser en sorcière ou en momie pour faire le tour des voisins en leur demandant des sucreries. Voire aller à la halloween party pour tenter un baiser dans le cou à des inconnues sous prétexte qu’on est un vampire.

Mais le temps est aussi venu de se demander ce qui fait VRAIMENT peur : les citrouilles ? Pas sûr. Les araignées avec des poils sur les pattes ? Déjà mieux. La fin du secret bancaire ? Ha, on s'approche.

En tout cas, j'ai appris une chose étonnante dans un petit livre bien fait pour découvrir d'un côté des rudiments de Luxembourgeois et de l'autre des traditions grand ducales : Halloween est une fête complètement artificielle qui a été importée aux USA par des Luxembourgeois au début du XX° siècle. Au Grand Duché, en effet, on avait l'habitude de célébrer la Trauliichtbrennen depuis bien longtemps dans les petits villages où on faisait brûler des bougies dans des betteraves découpées en forme de têtes, le soir du 31 octobre.

Dans deux mois, promis, je vous explique comment ce sont les luxembourgeois qui ont inventé Noël aux fins fonds d'une grange dans l'Oesling.

24 octobre 2006

Cinémathèque

Depuis 6 ans au Luxembourg, je suis devenu un adepte de la cinémathèque. Autant je n’avais jamais mis les pieds dans une cinémathèque avant d’habiter ici, autant j’ai bien vu une trentaine de films dans celle-ci. C’est une ancienne chapelle entre le centre ville et le Glacis, sur la place du théâtre, et donc à côté d’un parking pour ceux qui n’ont pas la chance d’habiter la Stad. Les vitraux ont été enlevés et remplacés par des peintures d’acteurs et de réalisateurs (personnellement, je reconnais Fred Astaire, Hitchcock, Humphrey Bogart mais certains sont plus compliqués…). 2 films sont programmés tous les soirs, à 18h et 20h30 pile (pas de bande annonce, pas de pub, tant pis pour les retardataires). La programmation est en général organisée par cycles thématiques, dont l’horizon ne se limite pas, heureusement, à Fritz Lang, Eisenstein, Bergman ou Godard. On a bien droit à un petit cycle « Truffaut » ou « cinéma de Taïwan » de temps en temps, mais bon, on n’est pas là pour voir la "7° compagnie fait du pédalo".


Les prix dépassent toute concurrence (abonnement à 25 euros pour 10 billets, encore moins cher avec la carte jeune), les fauteuils sont hyper confortables, avec plein de place pour les jambes, personne ne mange du pop corn à côté de vous en faisant plein de bruit puisqu’il n’y a pas de cafétéria, et même si certains films ont un peu tendance à revenir tous les ans (Eraserhead, Monty Pythons’ Life of Brian…), je dirais juste que le principal défaut, malgré la mention en tout petit dans le programme, ce sont les films en VO non sous-titrée, comme hier par exemple. Je n’ai pas tout compris aux dialogues de True Romance . Le vocabulaire de Tarantino est légèrement différent de l'anglais du lycée ou du travail (en même temps, mes clients n'ont pas vraiment la tronche de Gary Oldman ou de Christopher Walken et les réunions ne finissent pas en baston générale)

De temps en temps, des manifestations exceptionnelles sont organisées, comme un dîner gastronomique à la fin du Festin du Babette il y a 3 ans (avec la présence surprise de Henk mais le tarif des places avait été revu pour l'occasion), une séance de questions réponses avec un réalisateur, dont Terry Gilliam il y a quelques années, des soirées débats, des séances en plein air l'été ou des accompagnements musicaux au piano de vieux films muets. En ce moment, cycles "Robert Redford", "les amants fugitifs" et "la guerre d'Espagne". Avis aux amateurs.

23 octobre 2006

40% d'immigrés

Hier soir, de retour de Belgique avec, comme d'habitude, quelques BD, j'ai lu "Chez Francisque" de Larcenet, qui reprend sur un mode "brèves de comptoir" des conversations de poivrots sur les étrangers, les femmes et les homosexuels. Sans oublier les gitans, les juifs... et les Belges (!) Lieux communs et racisme ordinaire débités par la France d'en bas du plafond.

Alors les dialogues sont drôles, bien sûr, notamment le :
"- Moi je dis tout haut ce que les gens pensent tout bas.
- Vous êtes médium ?
- Non. Je suis Front National.
- Et vous pourriez me dire à quoi je pense en ce moment ?
- Mmmmhhh... vous pensez : les étrangers dehors !
- Vous n'y êtes pas, je pensais à un petit picon bière avec du citron. Vous me devez un picon bière."

En même temps, on espère ne pas trop se retrouver dans certaines réflexions. Du coup, je me suis dit que, tout bien réfléchi, le qualificatif "expatrié" pourrait très bien être remplacé par "immigré", en ce qui me concerne. Pourquoi les Français, les Belges et les Allemands qui viennent travailler ici se sentent "expatriés" quand les Portugais et les Roumains seraient des "immigrés" ? Ca sent le "chez Francisque" tout ça...



Bref, tout ça pour dire que ce qui était marrant en Argentine, où la photo a été prise (quartier de San Telmo à Buenos Aires), c'est que ce pays est également une terre d'immigration, et que c'est aussi ça qui lui donnait son charme.

Pour une idée assez précise de la question au Luxembourg, ce rapport de l'ASTI donne des chiffres bien complets sur un pays qui compte sur l'arrivée, tous les ans, de 7000 nouveaux frontaliers et 5000 nouveaux immigrants pour maintenir ses prestations sociales au niveau d'aujourd'hui.

Et en France, ils espèrent quoi les gentils candidats ?

19 octobre 2006

France Inter

Mes 5 minutes de célébrité warholienne auront donc eu lieu aujourd’hui et du fait de ce blog. Elles sont toutes relatives, je l’accorde, puisque être diffusé dans une chronique à 6h20 du matin n’est pas particulièrement glorieux, mais ce qui est étonnant c’est leur source, c'est-à-dire ce site.

Par le passé, j’ai tenté de jouer de la musique, envoyé des manuscrits à des éditeurs, travaillé du mieux que je pouvais dans ma vie professionnelle et rien de remarquable n'en est vraiment sorti. Là, il y a un an, au lieu de regarder la télé ou de surfer sur des sites débiles, je décide de passer un peu de mon temps libre à écrire sur le net, en choissant de plus un sujet assez peu porteur (à moins d’être passionné de bière, de saucisses ou du grand duc Henri) , et voilà qu’au milieu des quelques milliards de pages indexées par Google un journaliste trouve le moyen de porter de l’intérêt à ça. Je veux dire, Internet c'est le moyen de production d'information le plus facile qui soit, aucune restriction, aucun coût de diffusion, comparé par exemple aux quelques centaines de bouquins qui sortent tous les ans et qui n'ont même pas droit à 30 secondes dans n'importe quelle critique littéraire alors que la sortie du livre aura nécessité le travail de tout un tas de personnes. Enfin, merci quand même ! Pour ceux qui se demandent ce que ça fait d'avoir son blog cité sur cette radio, hé bien voici un petit aperçu des stats du jour :

Pas énormément plus de visites, donc, mais une croisssance exponentielle des pages vues, les visiteurs devant chercher frénétiquement la chronique sur Martelange, dont j'attends l'appel du syndicat d'intiative (s'il existe ce dont je doute...) pour avoir réussi à faire citer leur ville plus de 4 fois en 3 minutes dans un média national français.

17 octobre 2006

Patagonie rustique

La densité moyenne de la Patagonie (environ 1 habitant au km²) laisse à penser qu'il y a forcément des endroits dans cette région où il faut parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour trouver un magasin de décoration, sans parler d'un architecte d'intérieur. El Calafate doit faire partie de ces lieux où le charme désuet des aménagements trouve son aboutissement dans le choix sans faille des reproductions accrochées aux murs des hôtels rustiques.

Pour commencer, une scène de chasse, légèrement passée par les années d'exposition à la lumière, afin d'accueillir chaleureusement les visiteurs qui viennent prendre possession de leurs clés dans le hall. Le message est clair, on ne partira pas sans payer.

scène de chasse

Un peu plus loin, dans le couloir, classique mais toujours efficace, le bouquet de fleurs.


En se rapprochant de la chambre, on se demande bien où le crescendo va pouvoir s'arrêter, le clown malheureux tenant en général une place difficilement surpassable dans ce genre d'iconographie...


Frétillants, impatients, nous poussons alors fébrilement la porte de la chambre 28 pour découvrir ce que les propriétaires ont bien pu nous résever. Une nature morte avec des poissons nous faisant un clin d'oeil ? Un coucher de soleil sur un port de pêche ? Un portrait d'Eva Peron ? Mieux :


Une femme nue qui joue de la guitare. Les experts jugeront, en plus de la pertinence du choix du sujet, de la qualité du travail de l'artiste, qui ré-interprête l'anatomie humaine en rattachant directement l'épaule gauche de la jeune femme à son oreille, sans passer par le buste, ainsi que le jeu avec la perspective qui permet de voir les 2 seins de la jeune musicienne alors que son buste est de 3/4 face. Ingres, Picasso et le calendrier des postes réunis pour donner toute cette sensualité. Mais ne soyons pas moqueurs, c'est vrai qu'il aurait été tellement de mauvais goût de se contenter d'une photo des environs qui sont si quelconques:

16 octobre 2006

Tango à Buenos Aires

Avant de partir en Argentine, on avait droit aux 3 mêmes remarques : « Vous allez voir Florent Pagny », « vous allez manger du bœuf » et « vous allez danser le tango ». Autant on n’a pas trop cherché à rencontrer le chanteur défenseur des opprimés de l’ISF, autant on n’a pas eu à faire trop d’effort pour manger du bœuf, autant pour le tango on s’est organisés un minimum. Après avoir suivi les avis des guides sur la question, on a finalement demandé à la réception de l'hôtel à Buenos Aires et on s’est retrouvés à l’Esquina Carlos Gardel, qui propose un dîner spectacle.


Là, il faut dire que tout est assez bien organisé, jusqu’à l’espace, sensiblement plus réduit que celui des bœufs dans la pampa : les tables sont alignées en enfilade, et on ne peut pas en faire le tour. Un peu comme à la cantine, donc, mais en meilleur et avec une vue sur un podium où des danseurs et un orchestre se démènent avec talent. On s’assied, au bout de 15 secondes, environ, on est servis, le show débute, on en prend plein l’estomac, la vue et les oreilles et, là, « snirrrrf ».

Impossible de dire d’où ça vient mais la promiscuité des convives permet de profiter de cette reniflade de toute beauté dans tous ses détails. Ca ne vient pas de l’orchestre, c’est déjà ça. Allez, on va dire que la clim’ est un peu forte. Passe 5 minutes. Re-snirrrrf. Pas de doute, la source est proche. 5 minutes plus tard, le coupable est identifié sans peine : c’est le monsieur d’un certain âge, tiré à 4 épingles et qui mange en face de sa femme. Voilà, toutes les 5 minutes, on a eu droit à une bruyante manifestation de papy-morve-au-nez.

J’ai bien songé à lui faire écho, lui tendre un mouchoir, me moucher bruyamment, roter en contrepoint, demander à un technicien lumières de braquer la poursuite sur lui la prochaine fois qu’il recommencerait. Mais, finalement, non, on a supporté pendant 3 heures et on lui a dit au revoir avec un grand sourire. Par la suite du voyage, il faut le noter, on a remarqué une certaine propension des Argentins à renifler. C’est moins sale que cracher, certes, mais ça ne donne pas envie de partager la paille à maté.

Dans un autre registre, on peut profiter du tango également dans les rues du quartier de la Boca, qui est un peu le Montmartre de Buenos Aires, en plus coloré. Des touristes, des peintres, des maisons typiques et des restaurants qui attirent les visiteurs comme ils le peuvent, généralement avec un couple de danseurs, des musiciens et de la pub pour leur viande de boeuf.


Mais toujours pas de Florent Pagny.

15 octobre 2006

La chronique la plus australe du monde


A Ushuaïa, au bord du canal de Beagle, qui longe la côte sud de la Terre de Feu, vous pouvez faire ce que vous voulez, mais pas conseiller en communication. Là-bas, tout le monde a déjà un pitch qui tue c'est le "... mas austral del mondo" soit, littéralement, "... le plus au sud du monde" :
Vous avez un restaurant, ce sera le restaurant el mas austral del mondo.
Une usine de pelleteuses ? L'usine de pelleteuses la mas austral del mondo.
Une station service ? L'essence la plus australe du monde.
Un bar, une alimentation, une cocotte minute, un hôtel, une auberge de jeunesse, un musée, un petit train à vapeur, une chocolaterie, une usine de gel douche (non, on ne l'a pas trouvée... ), ça marche avec tout. Enfin, presque tout.

Il y a juste avec les bâteaux, et tout ce qui est susceptible de faire partie d'une expédition en Antarctique que ça ne marche pas. D'ailleurs, niveaux épaves, il semblerait qu'il y ait un concours permanent dans la ville, aussi bien sur les eaux que sur le bitume :


Ce qui est marrant, sinon, c'est que la ville n'est "que" à 55° de latitude sud, ce qui correspondrait, si on prenait la même dans l'hémisphère nord, au nord de l'Allemagne ou de l'Angleterre... donc pas si au bout du monde que ça !

Coupe du monde des bras cassés

Voilà, on vient de rentrer d'Argentine après quelques aventures qui donneront lieu à de prochaines chroniques une fois digéré le décalage horaire. Mais, pour commencer, à vif et dans le feu de l'action, car c'est encore à chaud que ce genre d'émotion passe le mieux, une petite, toute petite, colère contre les services bagages des aéroports.

Je ne citerai personne, mais après avoir pris 12 fois l'avion en deux semaines (oui, l'Argentine est un grand pays et on ne fait pas son voyage de noces tous les jours) il n'y a qu'une seule fois où on s'est retrouvés 12 (sur un avion de 70 places...) au service "réclamation bagages" de l'aéroport, et je vous laisse deviner où c'était. Même à Sao Paulo, alors que nous changions de compagnie et qu'il y avait 2 correspondances à enchaîner, les valises nous ont suivis. Même à Trelew, où une de nos valises n'a pas pris le bon tapis, on nous l'a livrée dans la nuit. Mais, là, non, on a rappelé à 21h, donc 8h après notre arrivée, pour s'entendre dire que notre bagage est certainement à Charles de Gaulle. "CERTAINEMENT, ça veut dire quoi ? que vous n'avez rien fait depuis, c'est ça ?
- Heu, je vais lancer un appel international, mais je suis sûre qu'elle est à Roissy, on a pas mal de problèmes en ce moment.
- Et en attendant ?
- Hé bien, comment dire, vous attendez. Comme c'est votre adresse principale, on ne prévoit pas d'indemnisation. Si au bout de 21 jours on n'a pas retrouvé votre bagage vous faites un inventaire et on vous rembourse sur cette base.
- C'est ça, donc pendant 21 jours j'attends pour m'acheter un nouveau rasoir électrique (ça tombe bien je comptais me laisser pousser la barbe), ma femme ne s'épile plus (de toute façon, maintenant qu'on est mariés, à quoi bon) et en novembre, quand on m'apprendra que mon bagage a définitivement préféré le ciel, on m'octroiera après un savant calcul un bonus de 50 miles."

Pour info, même Aérolineas Argentinas, qui a plutôt la réputation d'être perfectible dans sa gestion des bagages, avait traité le problème dans la journée et pouvait nous dire où se trouvait la valise et quand on allait l'avoir. En Espagnol, certes, mais bon... Là, on a droit à des incantations et des pronostics (émis avec un calme olympien - tu m'étonnes, c'est pas toi qui attends ton linge), sur la localisation probable de l'objet qui tourne peut-être en rond depuis 7 heures sur un tapis roulant de l'aéroport international de Ouagadougou.

Je mets une photo des manchots qu'on a rencontrés dans la péninsule de Valdès, parce que le coefficient intellectuel des personnes qui ont conçu ces systèmes multiplié par la conscience professionnelles des opérateurs en charge de leur exploitation ne doit pas excéder l'intelligence d'un seul de ces volatiles :

Et encore, s'il y a un biologiste dans la salle, je suis sûr qu'il me contredirait puisque ces petites bêtes sont capables de RETROUVER tous les ans leur nid parmi les plusieurs milliers qui sont creusés dans le sol de Punta Tombo après un long voyage d'un an depuis l'antarctique (à titre de comparaison, Paris-Luxembourg c'est 35 minutes de vol...)

Ceci dit, par les temps qui courent, je ne vais pas me plaindre de problèmes d'aiguillage à Luxembourg, on aurait pu avoir la mauvaise idée de rentrer par le train.