28 mars 2007

Centre vil


Incroyable, après mes 600 kms du mercredi et trois ou quatre cartons, je consulte rapidement ma boîte aux lettres, et là, même pas une semaine après la déclaration d'amour d'Alena, jeune russe avenante de 28 ans à la recherche d'un visa, voici que je reçois une nouvelle déclaration d'amour, que je peux cette fois certainement juger des plus sincères puisqu'elle provient d'un homme, qui possède déjà la nationalité française, et qui risque même, dans ses rêves les plus fous, de devenir président. Et oui, vous ne rêvez pas, et moi non plus, j'ai ouvert ma boîte perso et, entre une notification d'Amazon et un message de ma femme, je lis François Bayrou dans la liste des expéditeurs du jour. Qui sait, peut-être m'écrit-il en personne pour me proposer de venir me donner un coup de main pour le déménagement de samedi ? Je me vois donc forcé d'interrompre mon activité cartonnesque quelques minutes devant ce message, que je vous livre en intégralité.

Le titre du message, déjà, c'est Lettre à mes compatriotes expatriés. Ce qui ne laisse pas trop de doutes quant à la source de la diffusion de mon adresse e-mail, que j'avais fort imprudemment confiée au consulat, pensant bêtement qu'un organisme d'Etat allait respecter la loi Informatiques et Libertés. Le corps du message est un chef d'oeuvre, et franchement, cela vaut bien une vingtaine de minutes de retard dans mon déménagement. Ne serait-ce que par le slogan "La France de toute nos forces" qui s'étale en un large bandeau de couleur orange, qui donne envie de dire "vas-y François, pousse encore un peu, ça va sortir". Mais la suite n'est pas mal non plus :

Chère Madame, cher Monsieur,
Moi c'est monsieur, mais si tu veux des logiciels de spam un peu plus perfectionnées que les listes Excel du consulat de France au Luxembourg, adresse-toi à Alena, elle a l'air de s'y connaître.

Dans quelques jours maintenant, les Français vont devoir élire le prochain président de la République, et, par leur vote, engager l’avenir de notre pays, à un moment où il doit faire face, tout le monde en convient, à des enjeux essentiels. Des solutions qui leur seront apportées dépend, plus que jamais, le futur de notre société et donc celui de nos enfants.
Notre pays est un grand pays. Le rayonnement de la France dans le monde est grand, et il est surtout porteur d’espoir pour de nombreux peuples en proie à tellement de difficultés. Or, pour l’immense majorité d’entre eux, le seul contact qu’ils auront jamais avec la France sera l’image que les Français de l’Etranger leur apportent.
François, mon ami, mon compatriote, je suis bien content que tu imagines que les étrangers sont des petits bouanas qui ont la chance de voir Grand-Homme-Blanc. Mais figure-toi que, dans mon pays lointain, le peuple en proie à tellement de difficultés n'est pas vraiment celui que tu crois. Pour ce qui est du contact et de l'image de la France que se font les pauvres étrangers de mon pays, adresse plutôt ton courrier aux chauffeurs de taxi parisiens, aux caissières de péages sur l'autoroute et aux vendeuses du Marques Avenue de Metz. Si tu pouvais également dire à Djibril Cissé de changer de coupe de cheveux, tu ferais également beaucoup pour nous tous. Merci.

Je suis très conscient de cette responsabilité qui est la vôtre, comme je suis très conscient des problèmes spécifiques qui sont ceux des communautés d’expatriés. La présence française à l’étranger est un élément capital de la politique de notre pays, politique économique et culturelle, et j’estime qu’elle doit être encouragée, soutenue et renforcée.
Si les Français venant travailler au Luxembourg sont un élément capital de la politique culturelle hexagonale, entre nous, je crains que l'image du pays des lumières en prenne un petit coup. La France, pays de comptables, de vendeuses chez C&A et d'informaticiens.

Elu président de la République, je veillerai tout d’abord à ce que le réseau de nos établissements d’enseignement à l’étranger, déjà le premier au monde, soit non seulement maintenu, mais développé. C’est en effet l’une des préoccupations majeures, et bien naturelle, des parents amenés à s’expatrier pour des raisons professionnelles que de pouvoir assurer là où ils se trouvent la meilleure éducation possible pour leurs enfants.
Et la meilleure éducation, évidemment, c'est la française c'est ça ? Ca daterait pas de 1993 par hasard ? Le dernier ministre de l'Education nationale qui s'est présenté aux présidentielles, il n'a pas très bien fini, tu sais, à ta place je ne la ramènerais pas trop sur le sujet.
De plus, le système d’éducation français est sans aucun doute l’un des plus performants au monde, et partout où il existe une école française, on sait bien que très nombreux sont les enfants étrangers qui la fréquentent. Nous avons ainsi, grâce à ce réseau d’établissements, un moyen extraordinaire de développement de notre langue, de notre culture, de notre conception de la société, de notre influence dans le monde, que nous devons mieux et davantage utiliser. Et là où le nombre d’enfants français ou francophones ne serait pas suffisant pour ouvrir une école, une négociation sera entreprise avec les gouvernements des pays concernés pour la présence d’enseignants français au sein des écoles locales.
Ne fais pas le modeste, François, pousse le rayonnement un peu plus loin. L'école française est la meilleure, le monde en convient. Mais la nourriture française ne mériterait-elle pas également qu'on ouvre des épiceries françaises aux quatre coins du monde ? La langue française n'est-elle pas un miracle d'harmonie et de précision syntaxique qui mériterait d'être enseigné partout ? La télévision française devrait se substituer aux autres moyens interantionaux d'information. L'armée française devrait installer des casernes dans tous les pays. Je me demande même si on ne devrait pas tout simplement apporter la lumière de la civilisation française aux peuples reculés ?

Les conditions d’accès des enfants de Français expatriés au service public scolaire doivent être les mêmes que celles des enfants de métropole, cela va pour moi de soi, car il s’agit du principe de l’égalité des citoyens devant la loi. Il n’est pas acceptable que certaines familles françaises soient obligées d’inscrire leurs enfants dans des écoles étrangères faute de pouvoir payer les droits d’écolage dans les établissements français. Le développement du réseau scolaire permettra également à un certain nombre d’enseignants résidant à l’étranger, et je pense essentiellement aux conjoints, de trouver un emploi leur permettant de poursuivre leur carrière administrative, avec un recrutement prioritaire.
Ben oui, après tout, nous les expatriés on ne paie pas nos impôts en France mais on devrait quand même disposer des mêmes conditions d'écolage (?) que nos compatriotes qui ne se sont pas expatriés et paient leurs impôts plein pot. Ca me paraît frappé au coin du bon sens.

Il me paraît, d’autre part, juste et légitime que les Français de l’Etranger puissent bénéficier d’une protection sociale identique, avec des modalités d’adaptation à définir, à celle dont bénéficient non seulement leurs compatriotes habitant la métropole, mais aussi les Etrangers résidant en France. A cette question est reliée celle du retour et de la réinsertion sociale, à la fin de la période d’expatriation, et, indirectement, celle de la valorisation professionnelle de l’expérience acquise. Trop souvent, en effet, je le sais, l’expatrié rentrant au pays est plutôt pénalisé dans sa carrière, ce qui n’est pas acceptable.
J'ai cru lire que tu étais un ancient prof de Français. Alors c'est pas la peine de faire des fautes d'orthographe exprès en ajoutant une majuscule à étranger. Ce n'est pas un gros mot, il ne faut pas t'excuser. On a bien compris ton propos. Tu es avec nous, merci.

Ces mesures, qui sont des mesures de simple justice sociale, et que je m’attacherai à mettre en œuvre sans délai si je suis élu, peuvent être financées de différentes façons, en faisant par exemple appel au système mutualiste et au partenariat socio-professionnel, et elles feront l’objet d’une étude spécifique dans le cadre de la réforme globale des systèmes de retraites qui sera l’un des grands chantiers du prochain quinquennat.
Tu veux dire que si tu es élu je risque d'hériter d'une retraite payée par le système français au lieu de la caisse luxembourgeoise ? Réfléchis deux minutes, François, et dis-moi si tu trouves ce marché franchement équitable. D'un côté je vote pour toi. De l'autre tu t'engages à transférer ma future retraite d'un pays où la sécu est excédentaire vers un pays, certes rayonnant à travers le monde entier, mais où les chances de toucher un seul kopeck lorsque j'aurai 65 ans sont réduites à leur plus simple expression. Te semble-t-il que ce marché soit vraiment plus équitable que celui d'Alena qui me propose en toute ingénuité de m'envoyer sa photo et quatre de ses copains catcheurs russes contre mon numéro de carte bleue ?

Je souhaite d’autre part que le réseau consulaire français, longtemps le premier du monde, soit maintenu, tout en s’adaptant aux mouvements du monde, et que ses effectifs, au lieu d’être sans cesse réduits, soient au contraire renforcés, par un redéploiement des personnels du Quai d’Orsay.
Comme ça ils pourront améliorer leur système de collecte d'adresses mails des Français de l'étranger, c'est ça ? Au fait, tu leur as déjà dit aux fonctionnaires du Quai d'Orsay qu'ils allaient bientôt être invités à tailler leurs crayons en Moldavie ou bien tu leur as plutôt envoyé une lettre leur promettant de réparer les incommensurables injustices sociales dont ils sont victimes au regard de l'intense rayonnement international dont ils font bénéficier la France ?
Enfin, je m’engage à ce que les Français de l’Etranger puissent, avant la fin du mandat qui me sera confié par les électeurs, élire au suffrage direct et parmi eux, leurs représentants à l’Assemblée nationale. Cela pose, j’en suis conscient, d’importants problèmes d’organisation, notamment liés à la souveraineté des Etats, mais difficile ne veut pas dire impossible. Et il me paraît sain que la voix de nos compatriotes expatriés puisse se faire entendre directement au sein de la Représentation nationale, aux côtés de leurs sénateurs.
Pour être respectée, pour asseoir et développer son influence politique, économique, culturelle, commerciale, la France doit impérativement s’attacher à rétablir une image de grande puissance qui s’est peu à peu, il faut savoir le reconnaître, affadie au fil du temps. L’amélioration des conditions de vie des Français de l’Etranger et les incitations à renforcer leur présence dans le monde, auprès des entreprises notamment, y contribueront grandement, et c’est pourquoi j’y suis particulièrement sensible.
Si je suis élu, un délégué interministériel sera nommé, qui sera chargé, en étroite coopération avec les administrations, institutions, organismes et associations plus spécialement concernés par la communauté française expatriée, de recenser leurs problèmes spécifiques, outre ceux que je viens d’évoquer, de proposer puis de mettre en œuvre dans les meilleurs délais possibles des solutions adaptées, et je m’engage à y veiller personnellement.
Excuse-moi, mais là, je n'ai même plus envie de lire. François, visiblement, tu débutes dans le spam, mais tu devrais savoir qu'au delà de 10 lignes, plus personne ne lit. Alors si, en plus, c'est pour faire des phrases avec des mots comme "délégué interministériel", "souveraineté des Etats" ou "représentation nationale", franchement, tu ne fais pas trop le poids face aux dizaines d'autres mails reçus dans la même journée et qui nous promettent des choses un tantinet plus évocatrices.

Je vous prie de croire, chers Compatriotes de l’Etranger, à l’assurance de mes sentiments les plus cordiaux.
François BAYROU
Va savoir pourquoi, mais j'accorde à peu près autant de crédit et de sincérité à la cordialité de tes sentiments qu'aux perspectives de lendemains qui chantent avec une jeune Ukrainienne à la recherche d'un mari acceptant de l'accueillir elle et son visa presque obtenu.
Bon j'attends les lettres de tes camarades de jeu, et je te dirai quoi. J'espère qu'ils seront aussi drôles que toi. Il me reste une trentaine de kilos de livres à emballer. Aaaaargh...

27 mars 2007

Cartons Pleins

Avant

Vous connaissez le principe du poisson rouge dans son bocal ? Plus le bocal est grand, plus le poisson grandira pour occuper toute la place. N'étant pas trop fan d'aquariophilie, je ne vérifie ce théorème que depuis quelques jours. Très exactement depuis avant hier, où je tente désespérement de faire tenir le contenu d'un appartement de 70 m² occupé depuis 5 ans dans des cartons désespérement trop petit, trop lourds et trop peu nombreux. Moi qui croyais avoir su résister aux sirènes de la société de surconsommation, et être parvenu à maintenir une certaine sobriété dans notre cadre de vie, il faut bien se rendre à l'évidence, durant toutes ces années, nous avons entassé un certain nombre de choses.
Le coté négatif, c'est que ces cartons vont être vidés dans un bocal de 105 m² : je préfère ne pas imaginer le prochain transvasement... Le côté positif, c'est que nous restons au Luxembourg (on émigre de Bel-Air vers Bonnevoie, d'ailleurs si quelqu'un est intéressé par un splendide 2 pièces semi meublé avenue Guillaume, disponible sous peu, qu'il envoie un petit mail) et donc que ce blog devrait reprendre après une courte interruption due à une gestion des priorités un peu mouvante ces derniers temps.


Après !

Bonne semaine !

25 mars 2007

Demandez le Programme


Après avoir un peu joué avec le comparateur interactif du Monde évoqué dans le précédent message, je commence presque à me demander si je n'ai pas le niveau requis pour poser ma candidature soit pour la prochaine présidentielle française, soit pour une élection du Grand Duc, si l'actuel désirait remettre son titre en jeu.

Ceci dit, je suis bien conscient qu'un discours prônant le rétablissement de la France par les seules vertus de la chasse, de la pêche et du macramé présente quelques limites. J'ai donc réfléchi, de façon entièrement non participative, à des propositions qui me permettront d'étayer mon entreprise. Premier problème : les retraites.

Après étude de la question, il me semble évident que les données démographiques nécessitent une approche totalement différente. La retraite par répartition, basée sur la solidarité entre actifs et inactifs, atteint ses limites lorsque l'espérance de vie augmente. La retraite par capitalisation présente quant à elle le risque de voir le montant de vies entières d'épargne profiter finalement à des banques et des intérêts privés (d'ailleurs ce système "de l'avenir" était en fait le système d'origine, abandonné en 1945 suite aux crises monétaires). Du coup, ce que je propose, c'est une retraite par anticipation.

Le principe en est simple, on commencerait par la retraite au lieu de terminer par là : 20 ans de retraite payés juste à l’issue des études. Après ces vingt années passées dans la fleur de l'âge, en gros entre 20 et 40 ans, on travaillerait jusqu'à sa mort. Les avantages d'un tel système sont assez incroyables :
  • Plus de problème d’allongement de l’espérance de vie, évidemment, puisque la retraite aurait une durée fixe. Au contraire, le problème serait que la durée de vie diminue, puisqu'alors on aurait du mal à payer les jeunes à la retraite. Mais ceci est peu probable.
  • On profiterait du temps libre alors qu’on est en pleine forme. On pourrait ainsi faire de beaux voyages, laisser libre cours à ses passions créatrices, voire, pour les plus acharnés du parti, atteindre un niveau international en macramé. Ou en chasse, ne soyons pas sectaires.
  • On passerait directement des cités U aux maisons de retraite, avec redistribution des places laissées vacantes aux plus défavorisés. D'ailleurs, tout le monde commencerait avec un niveau de rémunération équivalent, les différences salariales n'intervenant qu'ultérieurement, avec l'entrée dans la vie active.
  • On couperait l'herbe sous le pied des fonds de pension, qui contrôlent aujourd'hui le capital d'une bonne partie des entreprises mondiales. Il est quand même paradoxal que la volonté de maximiser les dividendes, pour favoriser l'épargne de vieux croutons américains, vienne aujourd'hui pénaliser les stratégies à long terme des entreprises et ait des conséquence sociales néfastes sur ceux qui ne font pas bronzer leur couenne frippée pendant les chaudes heures de la journée.
  • On constaterait certainement une hausse de la natalité, les parents pourraient s'occuper d'élever leurs enfants pendant leur retraite, et auraient donc tout intérêt à les avoir dès la fin de leurs études au lieu d'attendre d'avoir 35 ans.
  • Il semble même qu'on pourrait espérer une hausse de la consommation, puisque pendant ces années de retraite, il serait un peu ridicule d'épargner, sachant qu'on va se mettre à travailler après.

Bon, et puis tant que j'y suis, ça n'a pas grand chose à voir, mais je rajoute aussi dans mon programme l'abolition de l'heure d'été. Je viens de m'apercevoir, à l'instant seulement, qu'il est 18h00, en regardant l'horloge de mon PC (et, incrédule, après vérification sur un site crédible). Ce qui expliquerait pourquoi il n'y avait pas téléfoot ce matin. Et ce qui explique également que je dois vous laisser, mon week-end vient de prendre une heure dans la vue.

Ca m'apprendra à écrire n'importe quoi.

23 mars 2007

Chasse, Pêche, Nature et Macramé

licence creative commons BY : by Kaptain Kobold

Ces derniers jours, j'ai fait quelques centaines de kilomètres pour le travail. Le seul intérêt que je trouve à passer des heures dans la voiture est que, au moins, je me remets à niveau en terme de suivi des informations françaises. En général, j'évite la cure intensive à base de France-Info où, tel un mantra tibétain, l'information finit par vous perforer le crâne et par atteindre une valeur mystique à force d'être répétée en boucle. J'opte plutôt pour France Inter et la matinale, où les invités sont un peu plus variés ces derniers jours, campagne électorale officielle oblige.

C'est bien dommage, si j'avais su, j'aurais volontier fait le 13° homme. Quand on voit certains des candidats à la présidence de nos voisins français, on se dit que ce n'est pas si compliqué que cela de bâtir un programme présidentiel (je vous recommande ce lien, qui offre un bon aperçu de l'étendue des idées des différents candidats, et permet de les comparer). Le premier nom de parti auquel j'avais pensé c'était Chasse-Neige, Naturisme et Partitions, mais j'avais du mal à concevoir un projet d'avenir crédible sur base de ces trois concepts. Je n'ai pas le talent de ceux qui font un scandale de la réglementation relative à la régulation du nombre de cormorans, ou l'interdiction du plomb dans les cartouches, alors que, avec le macramé, il me semble qu'on tient quelque chose.

Le macramé symbolise l'union nationale, l'époque Pompidou alliée à l'artisanat hyppie. Quelle meilleure image que cet art du noeud pour représenter les objectifs de mon nouveau parti ? J'entends déjà les critiques des énarques et du landernau politique s'élevant contre le fait que le macramé en soit ne saurait constituer une base suffisante à la défintion d'un nouvel état.
Pourtant, le macramé n'est pas un loisir comme les autres, c'est un budget de 3 millions d'euros par an en France, sans compter les milliers d'emplois indirects et la cohésion sociale.

Imaginez un monde où les écologistes confectionneraient des gibecières en chanvre pour les chasseurs. Un monde où les petits vieux du XVI° arrondissement tisseraient des hauts de survêtement pour les populations défavorisées habitant de l'autre côté du périphérique. En échange, les rappeurs leur tricoteraient des napperons. On pourrait relancer la French Touch dans les jeux vidéos avec une série de simulations de crochet et macramé sur Wii.

Côté identité nationale, on mangerait du boeuf-ficelle, on apprendrait le tricotin dans les écoles, on organiserait un championnat du monde de macramé qu'on remporterait évidemment haut la main (enfin, s'il n'y pas de juges bulgares, ce serait un peu comme le patinage artistique).

Voilà ce que j'aurais proposé, une France où on ne laisserait plus à une seule élite parisienne le soin de tirer les ficelles. Une France où les patrons seraient au service de la société civile.

21 mars 2007

Energie Renouvelable


Le printemps a débuté aujourd'hui, et il est donc temps de sortir ses petites laines en prévision des tempêtes de neige. Question chauffage, par contre, pas de problème dans notre appartement, où nous bénéficions de la plus économique des nouvelles énergies :
Vous avez entendu parler de la fusion nucléaire et du projet ITER : dans le principe, ce sera la réponse à tous nos soucis, sauf que tout cela a l'air bien compliqué et que là, c'est tout de suite qu'il fait un peu froid.
Vous connaissez l'énergie solaire : c'est très bien, encore faut-il avoir du soleil.
Vous connaissez l'énergie marémotrice : même remarque que ci-dessus, ce n'est pas le genre d'énergie dont on peut bénéficier au Luxembourg. En tout cas, pas dans un futur proche (il faudrait que le niveau des océans s'élèvent d'une vingtaine de mètres et que le Grand Duché envahisse la Wallonie).
Vous connaissez l'aérothermie, fonctionnant selon le vieux principe des pompes à chaleur, qui a fait la joie de mes années d'étude en classes préparatoires, où je suis toujours resté complètement hermétique aux problèmes de thermodynamique. A l'aide d'un moteur et de tout un tas d'équations, on fait passer de la chaleur d'un milieu froid (par exemple votre jardin) vers un milieu chaud (par exemple votre salon). Il faut toujours faire tourner un moteur, donc ce n'est pas optimal.
Vous connaissez les éoliennes : pas de problème à la campagne, d'ailleurs on en voit beaucoup vers la frontière allemande et dans le nord du pays. Mais, sur un balcon, ça prend quand même beaucoup de place.
Vous connaissez la géothermie : on fore plus ou moins profond et, si on a la chance de ne pas trouver du pétrole, on récupère l'énergie provenant de la différence de température avec la surface. Ca marche bien, par exemple, quand on est au-dessus d'une nappe phréatique. Ca marche moins bien quand on vit au 3° étage d'un immeuble.
Et c'est là que je vous présente une nouvelle énergie encore plus économique, encore plus constante, encore plus écologique : la voisinothermie. Le principe est assez simple. Vous choisissez un appartement juste au-dessus de celui d'un couple de personnes âgées (au Luxembourg ça doit être faisable) et ce sont vos voisins du dessous qui vont chauffer votre propre appartement à une température ambiante fort agréable. Il suffisait d'y penser.

20 mars 2007

Quand les Femmes se pâment


Les e-mails au boulot, c'est un peu la roulette russe, et je pèse mes mots. De temps en temps, un message d'une seule ligne d'un client ou de votre patron suffit à vous donner du travail pour une semaine entière. Et, parfois, surprise, un courrier réussit à se faufiler entre les mailles du filet anti-spam de l'entreprise. En règle générale, la simple lecture du titre suffit à mettre à la corbeille le message importun. Mais, ce soir, je ne sais pas pourquoi, j'ai ouvert ce message dont le sujet "collected attention" me semblait pourtant difficilement pouvoir coller avec un projet en cours :

How are you? Pas mal merci, vous voulez dire depuis la dernière fois qu'on s'est vus ?

My name is Alena. I from Russia, city Cheboksary. To me 28 years. I shall tell to you about myself a little. Enchanté Alena. Il n'y a pas de verbe à Cheboksary c'est ça ? Mais vas-y, je t'en prie, raconte-moi un peu ta vie sans verbe.

I corresponded with the man from the your country before. THE man, tu ne veux quand même pas dire celui-ci ? Parce que sinon, à part lui, même si on est dans un petit pays il y a quand même environ 200 000 personnes de sexe masculin au Luxembourg.

His name Mark. Ha non, c'est pas lui alors. He is from your country. We had a long correspondence and Mark wanted, that I have arrived to him in the your country that I have seen what life there. Si tu veux mon avis, il ne t'avait pas seulement convié ici pour te faire découvrir les riantes vallées verdoyantes de mon the pays et goûter une bière bien fraîche sur la Place d'Armes. Les hommes, dans mon the pays, ils ont vite une idée derrière la tête. Surtout après une longue correspondance à discuter des mérites respectifs de l'Oural et des Ardennes. Mais enfin, tu es une grande fille. We have together submitted the statement on reception of the visa in your country! Mark spoke, that will help my in our meeting. I thought, that have met on the Internet the love. Oui, il paraît que des fois cela arrive, tu achètes 3 000 000 d'adresses e-mails et l'un des destinataires te répond, c'est ce qu'on appelle l'amour. La vie c'est un peu pareil, statistiquement parlant, sauf que ça va moins vite. Si en plus il t'a fait un transfert Western Union de 400 € pour ton timbre fiscal et t'a laissé son numéro de carte bleue pour que tu puisses réserver le vol, c'est que c'était le grand amour. Mais tu sais, un amour aussi grand, ce n'est pas si courant. Dis-toi que tu as eu ta chance et essaie plutôt de vendre du Viagra ou du Cialis, ça marche un peu comme l'amour.

I and Mark made the big plans for the future, but in a flash all has changed. Tu sais, maintenant que j'y pense, Mark c'est un peu bizarre comme prénom dans mon the pays. C'était sans doute une arnaque. Tu es passée à côté de grands malheurs. Tu m'aurais dit Jos, Mich ou Dan ça ne m'aurait pas marqué, mais là, il y a anguille sous roche. From the moment of submission of the statement for the application of the visa has passed 5 months. For these five months there was for what I least waited. Mark informed, that his former wife has returned to him and lives together with him. Soon they should get married. Excuse-moi, mais là le coup du "ha non, finalement, j'ai oublié que j'avais une femme. D'ailleurs je me marie avec elle bientôt" ce n'est pas très crédible. En général quand on a une femme, dans mon the pays, c'est qu'on l'a déjà épousée. And now in Mark plans there is no me. Le côté obscur de la Force, redouter tu dois. I wrote to him some times after that, but Mark have wished me only good luck in the further searches worthy men and have told, that our ways miss. And in October to me there has come the invitation in embassy behind reception of the visa. En octobre, hé bien, je n'étais pas le premier sur ta liste à ce que vois. Ca fait déjà vachement plaisir de jouer les doublures, je sais bien que j'ai jamais été choisi parmi les premiers quand on faisait des matches de foot dans la cour de l'école, mais quand même, 5 mois après ton invitation à l'ambassade, à raison de 3 000 000 de mails par jour, ce n'est pas très flatteur tu sais.

In the beginning I wanted to throw out the invitation in embassy. To me it was sad, because my dreams were failed, I have nobody to fly in the your country. Un conseil, pour voler essaie plutôt de prendre l'avion que de monter sur les épaules de quelqu'un. Sinon, si tu n'en as pas marre d'attendre, le TGV-Est devrait arriver à Cherkovsky d'ici 30 ou 40 ans. But my uncle have dissuaded me from resolute actions and have told, that else there is a chance to find worthy the man and to use the visa to a meeting with him. D'abord tu le trouves, et après tu le rencontres. Oui, pourquoi pas. I well know English and practically I have visa your country. Ha, ben c'est bon alors, y a besoin de rien de plus pour qu'on s'épouse. Au fait, tant que j'y pense, je suis marié et j'aime ma femme, mais je n'ai pas prévu de marier encore une fois avec elle cette année vu que ça fait pas un an. Donc ça devrait aller, tout colle. Vas-y, saute dans l'avion. My uncle speaks, that it really solves many problems.

Approximately in 7 days the visa will be ready Les délais d'obtention d'un visa pour Luxembourg à Moscou sont donc de 5 mois et 7 jours. Ca me réconfortera la prochaine fois que j'irai au consulat demander un renouvellement de ma carte de séjour, and I should go to Moscow behind reception of the visa. I write to you because in my heart there is an empty seat. Laisse-moi deviner si ton coeur c'est plutôt un tandem ou un Airbus A380. I do not search rich or poor. I search careful and responsible man which wants to enjoy a life together. Is this person you? I think, that I ask not much. Non, non, partager ma vie avec quelqu'un c'est pas grand chose, tu as raison. I have told to you a little about my life. Oui, je connais même ton oncle maintenant, c'est dingue, moi aussi j'ai un oncle. On a déjà des points communs. C'est un signe, non ? I have told not all about myself, but it will be easier to me to write about myself if you will ask questions which interest you. Et, à mon avis, tu dois avoir un petit stock de photos disponibles. I have told to you my history, and now I shall look forward to hearing from you with impatience. Write to me! I shall send you more photo in the following letter. Ha, quand même.

I wait you answer. N'attends pas trop quand même, Alena. Les hommes ce n'est plus ce que c'était, les chevaux blancs, les grandes déclarations, les bouquets de roses et le numéro de leur carte bleue par e-mail. Tu sais quoi, on va dire que je vais commencer par apprendre le Tchouvache, histoire de faciliter nos communications et je te recontacterai dès que j'aurai un niveau satisfaisant.

Alena.

P.S. I shall answer with pleasure if you write to me on: alenac28@yandex.ru Ha oui, et alors comme ça tu changes d'adresse e-mail à chaque anniversaire ? Tu voudrais pas aussi indiquer la couleur de tes cheveux, ton poids et tes mensurations dans ton adresse ?

P.S. Alena, le savais-tu, le mot Spam vient d'un sketch des Monty Python où ces derniers se moquaient d'une publicité pour de la viande en boîte. Dingue, non ?

19 mars 2007

Salut, TVA Bien ?


Ouh là là, dur dur les titres en ce moment. Désolé.

Bon, je commence à être un peu à court de fantaisies folkloriques locales alors voici un bref exposé sur un autre attrait du Luxembourg. Ce n'est certes pas cela qui va vous inciter à y venir passer vos vacances d'été, mais ça peut expliquer ce qui charme autant certaines personnes en costume cravate. Ce nouvel atout dont je vais vous entretenir est le taux de TVA, qui est ici, dans sa version standard, de 15% seulement.

Jusqu'ici, rien de scandaleux, remettez sa muselière à Arnaud de Montebourg, les pays européens fixent la TVA sur les biens qu'ils commercialisent dans leur pays. Cette invention française, comme l'impôt sur le revenu, n'a que 40 ans mais a été rapidement adoptée par tous les pays du monde (ou presque). Ca fait peut-être longtemps qu'on n'a pas eu de prix Nobel de littérature, mais s'il existait un prix Nobel des impôts, les français feraient la course en tête. Il faut dire que son principe est d'une simplicité enfantine : dès que vous achetez quelque chose, vous payez l'impôt. Que vous soyez riche, que vous soyez malade, que vous soyez bulgare ou myope, dans tous les cas vous payez un pourcentage du prix du bien acheté, ce pourcentage étant fixé par l'état dans lequel la vente s'effectue. Ainsi, si Renault vend une voiture en Allemagne, il la commercialise avec une TVA de 16%, si c'est au Luxembourg c'est avec 15% et si c'est en France c'est avec un taux de 19,6%. Rien de choquant. Et rien de bien avantageux non plus, puisque pour mettre une plaque de votre pays, vous allez repayer la différence de TVA. Par contre, si vous achetez un pied à coulisse, comme vous ne devrez vraisemblablement pas l'immatriculer, vous gagnez la différence de prix.

Donc, théoriquement, tout le monde devrait venir acheter ses pieds à coulisse au Luxembourg, qui possède le taux normal le plus faible de l'Union européenne (qui est également le taux minimum défini par les états membres). Cependant, dans la pratique, les habitants de Chatellerault préfèrent les acheter au Bricomarché du coin, ce qui leur permet d'économiser 80 euros de diesel et 48 euros de péage. Ne pensez pas non plus devenir le roi du pied à coulisse en profitant du déplacement pour en remplir à ras bord votre monospace, dans le but de les revendre sur le parking des bricomarchés de France afin de rembourser vos frais de déplacement de Thionville à Chatellerault. Vos acheteurs vont devoir évidemment payer la TVA en vigueur sur le parking, à savoir la TVA française. Et, de toute façon, en tant qu'importateur, vous pourriez acheter vos marchandises hors taxe, donc pas la peine d'aller jusqu'au Grand Duché (sauf si vous voulez visiter Esch sur Alzette).

Par contre, imaginez un produit que vous pourriez acheter à distance et qui, en plus, ne serait pas "matériel" comme, par exemple, des minutes de communication téléphonique, des fichiers MP3, un logiciel, un film en téléchargement ou la conception d'un site web pour votre entreprise florissante d'import export en pieds à coulisse. Là, vous payez le taux du pays dans lequel le prestataire du service a établi le siège de son activité économique. Ce qui explique pourquoi Skype, AOL, Microsoft, Amazon (et peut-être bientôt eBay) ont leur base européenne au Luxembourg. Les entreprises elles-mêmes n'y gagnent rien, mais elles offrent ainsi au consommateur un prix TTC plus attractif que celui d'un éventuel concurrent qui aurait l'idée saugrenue de s'installer au Danemark, où la TVA est à 25 % et où il fait encore plus froid. Au passage, Luxembourg y gagne également de confortables recettes (1,8 milliards d'euros) : vous pouvez ressortir le Montebourg.

Tout cela vous semble un peu trop simple ? Rassurez-vous, les autorités européennes réfléchissent déjà à la question.

17 mars 2007

Tous les jours des preuves d'amour

licence creative commons by-nc : by Minato

Le 3° dimanche de carême, au Luxembourg, la tradition veut que les jeunes hommes offrent à l'objet de leurs douces pensées quelque chose de précis et que, si la demoiselle accepte cette promesse de futures soirées pop-corn en tête à tête à l'Utopolis (et plus si affinités), celle-ci lui offre des oeufs pour Pâques, en guise de réponse positive. Qu'est-ce donc que ce mystérieux objet auquel le curieux peuple du Grand Duché a bien pu donner le statut de preuve d'un amour naissant :

  • Des fleurs ? Trop banal, et puis, maintenant que les femmes préfèrent des SMS, ça fait vraiment trop nase. Pourquoi pas un bijou ou un poème, tant que vous y êtes.
  • Un coquetier ? Ha oui, quelque chose d'utile, en prévoyance du cadeau futur, c'est intelligent. Mais rien ne garantit que la demoiselle accepte les avances de son prétendant. Lui offrir déjà un coquetier c'est presque déjà vouloir choisir la couleur du faire-part, autant dire que c'est aussi prématuré que présomptueux.
  • Une croix d'argent ? Pour montrer combien mon coeur amoureux s'est pris au piège de tes grands yeux, c'est un gage qui se donne de temps en temps, mais un peu plus au sud.
  • Une tronçonneuse ? Bonne idée, mais il y a un détail que je ne vous ai pas donné : les années bissextiles, la tradition est inversée, ce sont les hommes qui offrent des oeufs à Pâques en remerciement du cadeau mystérieux reçu quelques semaines avant. Et franchement, qu'est-ce qu'un homme ferait d'une tronçonneuse ?
  • Un piano à queue ? Un bonnet en laine ? Des perles de pluie venues d'un pays où il ne pleut pas ? Non, vous refroidissez. Un indice : c'est quelque chose qui se mange.
  • Son poids en Grillwurscht, un cochon de lait, des bons de réduction au Quick ? Et quand la jeunette revient deux semaines après, avant d'ouvrir la porte, son prétendant vérifie par le judas qu'elle n'est pas trop boudinée dans son corsage. Non.

Le jeune Roméo luxembourgeois offre à sa Juliette un petit (ou un énorme) bretzel plein de sucre et d'amandes. Ca lui permet également de vérifier que le quotient intellectuel de la promise est supérieur à celui de George Walker Bush. D'ailleurs, si on y réfléchit, la forme d'un bretzel est assez proche de celle d'un coeur.

Métal Hurlant


Soit le Luxembourg est devenu tout d'un coup vachement plus rock'n roll que je ne pensais.
Soit Marilyn Manson a décidé qu'il était temps qu'il écoute sa vieille mère, qu'il se trouve une vie rangée, un peu plus saine, un métier plus tranquille qu'antéchrist superstar (fonctionnaire européen par exemple ?).
Soit les programmateurs de la Rockhal ont décidé d'affirmer leur éclectisme en invitant dans un même trimestre Holiday on Ice, Paolo Conte, Lionel Richie et, donc, cet obscur produit du marketing américain, destiné à soutirer un maximum de pognon aux adolescents.

Parce que faire venir le quasimodo androgyne au pays du Bernard Massard c'est un peu comme inviter Lionel Jospin à une boum étudiante. Un peu comme venir en moissoneuse batteuse au drive-in d'un fast-food. Un peu comme organiser un salon international "zen et art de vivre" à Bagdad. Un peu comme offrir des santiags à votre grand père. On sent comme un contraste. En effet, le fond de commerce de cette nouvelle star est essentiellement basé sur une provocation convenue, une imagerie de film d'horreur à la John Carpenter, un style gothique de pacotille qui fait sourire plus qu'il ne fait peur, tant il manque d'originalité (hou la la, il brûle un drapeau américain, déchire une bible, se déguise en officier SS et met du rouge à lèvre, quelle révolution !)

Ceci dit, finalement, ses plus grands succès sont des reprises de chansons des années 80 (Depeche Mode, Eurythmics ou Soft Cell), dans la grande tradition des cover-bands luxembourgeois qui assurent une ambiance de folie dans les bals de village. Le côté métal et post-industriel d'Esch-sur-Alzette ne devrait pas être pour déplaire à Marylin Manson. Avec son teint bien pâle, il a bien raison de préférer venir le 11 juin au pays de l'automne permanent plutôt qu'à Marseille ou Barcelone. Et puis, surtout, si j'en crois Wikipedia, il aurait bien tapé le boeuf à la foire aux vins de Colmar en 2005, alors...

15 mars 2007

C'est l'Est en Train

Aujourd’hui c’est l’inauguration du TGV Est, avant sa mise en service officielle le 11 juin. La ligne grande vitesse c’est très bien, surtout quand on sait que l’actuel train corail met environ 4 à 5 heures pour relier Paris à Luxembourg. Autant dire que les vaches de la Meuse vont prendre un sérieux coup de speed en regardant passer les trains à 300 kms/h.

Le traitement de l’événement dans les médias français est assez symptomatique. Pour la première fois, on ne présente plus une ouverture d’une nouvelle ligne à grande vitesse comme une chance pour les Parisiens qui peuvent aller manger une bouillabaisse sur le vieux port en 3h (pour la choucroute, il suffit de s’arrêter devant la gare de l’Est) ou aller se baigner dans l’Atlantique le week-end en moins de temps qu’il n’en faut pour passer la barrière de péage de Saint Quentin en Yvelines (ben oui, en partant dans cette direction, la première mer c’est la mer d’Okhotsk, et il faudra encore creuser un petit paquet de tunnels avant d’y arriver). Cette fois, c’est un peu différent, parce que, certes, ça permettra d’aller vachement plus vite à Thionville ou à Forbach, mais que, comme on se demande déjà qui peut bien avoir ne serait-ce qu'envie d’aller dans ces régions, y aller en un temps record, on ne comprend pas trop à quoi ça va pouvoir servir. En fait, le truc, c’est que ça marche dans l’autre sens.

Le but n’est pas, cette fois, d’apporter aux Parisiens du soleil, de l’air iodé, de l’exotisme belge ou britannique. Non, le but c’est d’apporter la civilisation aux peuplades reculées, vivant dans leur cabane en rondin au milieu des casernes désaffectées et des décombres de la guerre de 14-18, parlant un mélange d’allemand et de patois lorrain. Et de la leur apporter vite fait, dans des costumes Christian Lacroix , parce qu’ils n’en peuvent plus d’attendre et ont payé un bon gros paquet de pognon de leur poche (en impôts locaux) et vont continuer à le faire (vu le prix exorbitant des billets : Luxembourg-Paris pour 67 € en seconde et 119 € en première, les seuls tarifs donnés sont ceux des allers simples selon le même principe que les voyages devraient se faire à sens unique). On lit ainsi dans la dépèche AFP : « Après de longues années d'attente, les habitants des principales villes de l'Est de la France vont considérablement se rapprocher de Paris ». Super !

Licence Creative Common BY-SA : photo par Adam Blang

D'ailleurs sur la photo ci-dessus, on voit bien comme les Strasbourgeois ont du mal à cacher leur joie de voir arriver, tel un grand dragon oriental, les nouvelles rames toutes vertes qui iront peut-être un jour, jusqu'en Chine. Merci, SNCF, dans ta grande bonté, de nous faire tous partager ton progrès.

Enfin, partager, on se comprend. Disons qu'on sent surtout l'esprit de partage pour les premiers billets à 15 € qui seront mis en vente dans un mois, parce qu'après la concurrence se jouera avec l'avion, aux tarifs de l'avion, mais à niveau de confort largement supérieur, ce qui n'est quand même pas rien.

14 mars 2007

Le Plat des Pays (qui ne sont pas le mien)

licence creative common by-nd : by CCGD sur Flickr

Pendant que je me faisais préparer en toute confiance mon petit bouquet vendredi dernier, j'ai découvert que la poissonerie du Cactus vendait, entre autres choses, des langues de cabillaud ! Après coup, je me suis dit que j'avais pris moins de risque en laissant libre cours à la fantaisie créatrice de la fleuriste qu'à celle du poissonnier. Mais, un peu surpris, je me suis quand même renseigné, d'abord, sans succès, dans mon Ginette Mathiot, puis, avec un peu plus de bonheur, sur Internet. Les langues de cabillaud (ou de skrei) sont un plat typique de la Norvège, surtout du Nord de la Norvège apparemment, où les autochtones raffolent de ces torsktunge, de préférence panés à la margarine et à la farine. Au moins, si vous mangez un jour dans un resto norvégien, vous saurez ce qu'il ne faut pas commander.

Chaque pays a ses spécialités culinaires, si ce n'est gastronomiques. Les Français sont évidemment réputés pour se nourrir de sang de porc enfermé dans des boyaux, vendu sous le nom enchanteur de boudin (quand on sait qu'on devient ce que l'on mange, ça laisse songeur), ainsi que d'escargots dont le seul spectacle du dégorgement suffirait à couper l'appétit à un rugbyman.

Littéralement, le plat national du Luxembourg, c'est du "Juif aux fèves des marais" ! Il ne faut y voir aucun antisémitisme, même si la recette n'est certainement pas très casher, étant donnée la quantité de cochon qu'on y trouve. Ceci dit, il n'y a que le nom qui soit dégoûtant, le plat en lui-même étant plutôt bon, surtout si on a besoin de 4 000 calories en une seule assiette. Peu expert en la matière, je conseillerais, a priori, ceux préparés par la Mousel Cantine ou par la Taverne des Brasseurs, mais il existe peut-être de meilleures adresses.

Non, on n'a pas trop à se plaindre quand on compare à certains plats typiques d'autres pays comme...
  • Le plov ouzbek au sirop de pommes, noix et poulet (ça n'a pas l'air si mauvais, mais je trouve le nom terrible) ;
  • Les criadillas espagnoles, appelées aussi animelles dans le sud de la France, et testicules dans le reste du monde, où il ne viendrait à l'idée de personne de découper des lamelles de ce genre d'attribut pour les faire frire ;
  • Les Suédois adorent les bonbons au poivre et le fromage en tube parfumé à la viande de renne ;
  • Les Britanniques sont évidemment hors concours entre la bière plate et noire, la panse de brebis farcie et l'agneau à la menthe;
  • La Chine tient également une place de choix, avec le hamster nourri aux oranges de la province de Laogan, dont la chair prend le parfum du fruit, les vers à soie du Dongbei (je ne sais pas si ça fait plus de fils que le gruyère dans les pâtes) ou le chien rôti, les crêtes de coq et les pattes de poulet. Sans parler du durian, des nids d'hirondelles, des innombrables insectes frits où l'on se dit que le seul but de ces nourritures culturellement surprenantes est de faire sourire le touriste, ou de dégoûter l'étranger (voir ici pour une petite théorie sur le sujet).

Sinon, il paraît que, sur la côte, chez Laplot très précisément, on trouve également de très bonnes gencives de porc.

12 mars 2007

L'Amour sous Cellophane


Puisqu’il semble que ce blog ait des pouvoirs surnaturels, des vertus performatives sur ses lecteurs, je vous propose quelques lignes sur les fleurs. En espérant que vous connaissiez tous l’effet magique d’Impulse dans la journée.

On compte très peu de fleuristes au Luxembourg et, malheureusement, rares sont ceux parmi eux qui pratiquent des tarifs raisonnables. Alors, si l'on n’est pas millionnaire mais qu’on veut néanmoins offrir de temps en temps un bouquet à sa rose sans épine, il reste deux alternatives : la grande surface ou la station-service. Bonjour le romantisme.

Les fleurs des stations services ont l’inconvénient d’être assemblées en bouquets tout préparés et stockés à l’extérieur, ce qui grève quelque peu leur durée de vie, notamment quand il fait -10°C ou +30°C, et risque d’altérer leur parfum après les pleins de diesel de 80 véhicules à 20 cm de distance. Leur avantage, c’est qu’on peut en acheter n’importe quand, même un lundi soir après minuit, et qu’on y pense forcément quand on fait le plein. Ce qui peut vouloir dire une fois tous les deux jours pour les plus acharnés des frontaliers, dont les femmes doivent sûrement être couvertes de roses. Même si c’est une excellente solution de secours, de temps en temps, il faut un peu lutter pour trouver un bouquet aux couleurs et aux compositions convenables. Personnellement, je reste assez hostile au mini chou au milieu de mon bouquet, aux citrouilles en plastique montées sur cure-dent géant et encore plus aux branchages recouverts de paillettes violettes.

Les grandes surfaces, et notamment le Cactus pour ne pas le citer, présentent à mes yeux une solution bien meilleure. Elles proposent elles aussi des solutions préemballées, comme le poulet rôti et les rouleaux de papier hygiénique, mais également des petits comptoirs où de vrais fleuristes vous confectionnent un bouquet sur mesure. Ce qui est pratique, c’est qu’il est possible, du coup, de s’arrêter au stand, de demander qu’on vous prépare un bouquet pour telle somme, dans tel style et avec telles sortes de fleurs puis de revenir 30 minutes plus tard, une fois qu’on a fait la queue pour acheter son poisson et son pain.

J’étais assez satisfait de cette solution jusqu’à vendredi dernier, où la fleuriste, dont le look anti-conformiste aurait dû me mettre la puce à l’oreille, m’a tendu un machin assez étrange lorsque je suis venu récupérer ma commande. Son bouquet réussissait un improbable consensus entre Tim Burton, pour les grands branchages aux formes torturées, et Michael Schumacher, pour la forme allongée et flamboyante qu’on voit en général entre les mains des vainqueurs de Grands Prix. Me voyant mal lui demander de défaire son audacieuse composition, j’essayais de lui montrer par mes sourcils levés bien haut que ses choix me laissaient perplexe, et me promettait surtout de rester près du stand la prochaine fois. Ou de préférer l’option boîte de chocolats, même s’il y aurait fort à dire sur la composition des ballotins Léonidas ou Neuhaus, où on essaie toujours de vous refiler les pralines toutes grasses et blanches avec de l’alcool dedans, de la même façon qu’on liquide l’encombrante verdure à la boutique d'en face.

08 mars 2007

Zéro de Conduite


En rentrant ce soir du travail, je me suis dit : "Flûte, non seulement je ne sais pas sur quoi je vais pouvoir écrire la chronique du jour, mais en plus il faut que je me coltine une voiture d'auto-école devant moi". Alors que la Golf de 130 chevaux (Luxembourg oblige) me précédait à allure plus que réduite, histoire de ne pas risquer d'avoir un seul feu vert, j'avais tout le temps pour prendre un peu de recul sur la situation : un des avantages d'un blog, finalement, c'est aussi de transformer les petites contrariétés de la vie quotidienne en des sujets porteurs, des notes aussi universelles que la guigne, qui nous parlent à tous (enfin, en l'occurence, tous ceux qui ont le permis ou qui devraient bientôt l'avoir). Alors, c'est quoi le pire quand on suit une auto-école en ville :
  • Est-ce leur vitesse curieusement limitée à 20 kms/h, parce que ça leur permet de rester en première tout le long du parcours ?
  • Est-ce leur propension à changer de direction brusquement, puis à piler encore plus subitement, lorsque le moniteur se réveille de sa sieste (ou raccroche son GSM, ou a fini son article dans l'Equipe) et écrase sa pédale de frein ?
  • Est-ce la durée exagérée pendant laquelle elles s'arrêtent pour marquer aussi bien les priorités à droite que les priorités à gauche ?
  • Est-ce l'extrême prudence de leurs apprentis conducteurs qui se tranformera, aussitôt le papier rose reçu, en une totale inconscience du danger ?
  • Est-ce le suspense qui fait que même si on sait qu'elles vont forcément caler, il est impossible de deviner à quel moment ?
  • Est-ce le stress qui vous pousse à déjà enclencher une marche arrière préventive quand vous êtes arrêté au feu derrière l'une d'elles, et qu'elle va devoir réaliser un démarrage en côte ?
  • Est-ce le fait qu'on ne peut rien leur dire, au risque de passer pour un rustre fini, incapable de comprendre qu'il faut du temps pour apprendre ?

Tout bien réfléchi, je pense que le pire dans les auto-écoles, c'est qu'on est tous passés par là et que c'est encore pire que pire quand on est à l'intérieur du véhicule bardé d'autocollants jaunes fluos, qu'on claque toutes ses économies d'étudiant dans des heures de cours qui s'additionnent à l'infini, pour avoir le droit de polluer, de risquer sa vie, de perdre son temps et son calme dans des bouchons et de contracter son premier crédit pour sa première voiture.

Bienvenue dans l'âge adulte.

07 mars 2007

Dans le Panneau

Le code de la route au Luxembourg doit être différent de celui de la France, parce que je ne me souviens pas avoir vu un tel panneau de toute ma vie jusqu'à dimanche dernier où, au détour d'une bien jolie route sur les hauteurs de Grevenmacher, nous sommes tombés sur le panneau suivant :



Un triangle dans ce sens, c'est facile, ça signale qu'il faut faire attention. Ensuite, on reconnaît bien un hélicoptère mais, pour le reste, c'est un peu obscur. Je crois deviner trois tipis qui tendent un fil à linge vers l'engin volant. A moins que ce ne soit un projecteur ? Même si c'est le cas, on se demande de toute façon à qui s'adresse le panneau : si c'est aux pilotes d'hélicoptères, il faut reconnaître que le panneau est un peu bas. Si c'est aux Indiens, il faut croire qu'ils n'ont pas bien fait attention à l'avertissement parce que leur population est assez faible de ce côté ci du Mississipi (et de la Moselle).

Heureusement, ce panneau n'est pas sur l'autoroute, sinon les gens arrêteraient leur voiture sur le bas-côté en se grattant la tête pour essayer de comprendre à quoi ils doivent faire attention. Pour info, le panneau ne figure pas non plus sur le site officiel des Ponts et Chaussées du Grand-Duché.

06 mars 2007

Eclipse Nulle

Pour ceux qui ont oublié samedi, pour ceux qui n'avaient pas la chance de bénéficier d'un ciel dégagé, pour tous les déçus de l'indicible spectacle naturel, les frustrés du grandiose phénomène astronomique qui voit la lune rentrer dans l'ombre de la Terre, voici une séance de rattrapage à la hauteur de l'événement :

Une éclipse de lune, c'est un peu nul

05 mars 2007

Rien ne sert de courir


J’aurais dû être cambodgien ou thaï. Ou tout au moins m’expatrier là-bas plutôt qu’au Luxembourg. En effet, s’il y a bien une chose que je déteste, c’est courir. Dans ces pays, quelqu’un qui court, c’est qui n’a pas été capable de partir à temps, qui a mal préparé sa journée, quelqu’un qui perd son calme, bref quelqu’un qui perd la face. Et il faut dire que, effectivement, en transpirant dans jogging avec un casque de baladeur sur la tête il est difficile d’avoir l’air sérieux. Surtout quand on est bâti comme Woody Allen sortant de cure d’amaigrissement. Je conforte ma conviction que rien ne vaut une hygiène de vie dénuée de toute sorte de sport par des articles tendant à prouver que, même pour maigrir, rien ne sert de courir. Cette activité ne serait donc utile qu’en une seule circonstance : pour attraper son bus, et encore

Pourtant, hier, événement du week-end, j’ai couru. Ce qui porte à deux unités, depuis le début de l'année, l’utilisation de mon attirail sportif, grâce à ma soirée d’entreprise de janvier, où j’étais cordialement invité à jouer au basket ball avec mes collègues. Autant dire que je suis bien parti pour faire exploser la moyenne. Mais si j’ai couru 30 minutes hier, ce n’était pas pour montrer à mon patron combien je partageais les « winning attitudes » de ma société, ce n’était pas pour me forger un hypothétique corps d’athlète auquel j’ai renoncé depuis bien longtemps, ce n’était pas pour me dépasser et exploser le chronomètre, non, ce n’était pour rien, c’était contre. L'association luxembourgeoise de lutte contre le cancer organisait un relais pour la vie, où le principe était de courir ou marcher, en équipe, pendant 12h ou 24h. Je ne sais pas trop en quoi la sueur mélangée des 250 équipes tournant en rond à la Coque, en écoutant du hip hop débité à fort volume dans une enceinte manifestement pas conçue pour cela, a fait avancer la recherche, mais le simple principe de courir ensemble, sans chronomètre, sans compétition, pour montrer qu’on peut faire des efforts quand on a la chance d’être en bonne santé c’était assez sympa. Et puis ça donne l’occasion de voir des ministres et des ambassadeurs en short
Pour terminer sur le sujet, connaissez-vous Yiannis Kouros ? C’est le recordman mondial des 12h de course à pieds (162 kms), mais aussi des 24h (303 kms), 48h (474 kms) et des six jours (1036 kms). Autant dire que quand sa femme lui demande d’aller chercher les croissants, elle peut déjà faire couler le café. J’ai cherché une photo de ses doigts de pieds pour illustrer l’article, mais je n’en ai pas trouvé…

03 mars 2007

Chair de Poule

Décidément, le troisième millénaire nous promettait des invasions d'extraterrestres, des robots tueurs d'homme, des cataclysmes nucléaires, des systèmes totalitaires où les hommes seraient forcés de s'habiller en sous-pull de lycra et voici que la principale menace qui plane sur l'humanité, outre celle de ne plus pouvoir utiliser sa voiture pour aller à la salle de sports, c'est la grippe. Et même pas une grippe de Hong-Kong, une grippe espagnole ou une grippe bubonique, non, une grippe du poulet. L'humanité mise en danger par des petits poulets. Le virus H5N1 c'est un peu Les Oiseaux de Hitchcock version low cost, avec des gallinacés en guise de menace. Ca fait tout de même relativiser le progrès.

Photo par RougeRouge

Il paraît que les fonctionnaires européens de la DG-Santé, au Kirchberg, ont tous leur stock de Tamiflu. Si ce n'est pas suffisant pour donner la chair de poule, on se pose néanmoins quelques questions. Le gouvernement luxembourgeois a justement créé un site d'information où il répond à la plupart.

Mais je n'ai pas trouvé celle que je me pose depuis longtemps : lorsque les poules ont de la fièvre, est-ce qu'elles pondent leurs oeufs cuits durs ?

02 mars 2007

Son Beurre est sans Reproche

En France, en période de campagne électorale, la dichotomie Droite / Gauche est encore plus flagrante que d’habitude. Il n’est pas un choix qui ne doive être expliqué par le penchant de l’un ou l’autre des deux côtés de la pièce : ça marche pour les impôts, l’armée, la police, la politique étrangère, TF1 ou France 2, Arthur ou Djamel Debouze et, maintenant, même pour les avions de ligne (en attendant l'éclairage politique des choix entre slip ou caleçon, café noir ou sucré, Quick ou Mc Donald's) : Si vous pensez que l’Etat devrait intervenir dans la fabrication des avions, vous êtes de gauche. Sinon, vous êtes de droite.

J’ai un peu de mal à me faire une idée sur cette question, n’ayant pas beaucoup d’expérience dans le domaine. A Luxembourg cette question Droite / Gauche est beaucoup moins forte (quand tout le monde a de l’argent, y compris l’état, forcément, c’est plus simple) et, de toute façon, on ne fabrique pas d’avion (d’ailleurs, même ceux qu’on achète sont des… Boeing, bonjour l’Europe). Il devrait donc être difficile, cette fois, d’éclairer l’actualité française à la lueur de la sagesse grand-ducale. Détrompez-vous, car à Luxembourg, on ne fabrique certes pas des Airbus, mais on fabrique, entre autres choses, du beurre. Du beurre Rose. Pourquoi Rose et pas bleu, jaune ou vert ? Luxlait nous éclaire : « l’état luxembourgeois lui a attribué le label de qualité “rose” pour ses diverses propriétés telles que sa tartinabilité et son goût » (si vous trouvez le raisonnement logique faîtes-moi signe).


Hé bien ce beurre, produit de haute technologie, ayant nécessité des années d’études, donnant une raison de vivre à des milliers de vaches, ce beurre fruit d’une tradition séculaire et d’un barratage de haute volée, ce beurre au parfum délicat et disponible dans toutes les tailles imaginables, ce beurre est contrôlé par l’Etat. Des fonctionnaires du ministère de l’agriculture sont donc payés pour déguster des tartines, des steaks beurre maître d’hôtel, des soles au beurre blanc, des pâtisseries 100% pur beurre et, peut être même lancer des tartines pour vérifier si le beurre Rose défie la loi de Murphy.

Alors, si on faisait des avions, vous pensez bien…

01 mars 2007

Fontaines

Comme les parcs et les monuments, les fontaines créent une petite respiration dans l'espace urbain qui sont autant de ponctuations de notre quotidien. Elles contribuent au visage d'une ville, comme les panneaux publicitaires, les arrêts d'autobus ou les panneaux de signalisation. Il y a les villes qui jouent sur LA fontaine qui en jette, telle Rome a sa fontaine Trevi ou Genève et son jet d'eau de 140 mètres, et puis il y a aussi les villes qui éparpillent un peu, comme Paris et ses fontaines Wallace, dont je ne connaissais pas le nom avant Amélie Poulain, ou... Luxembourg et son hétéroclite collection de fontaines, qui n'est pas le fort de la ville, reconnaissons-le :
  • Un jet d'eau dans la vallée de la Pétrusse, comme à Genève mais en 10 fois plus petit ;
  • Les étranges plaques métalliques anthropométriques du parc de Merl, qui penchent au bord de l'étang au milieu des canards ;
  • Le globe terrestre qui tourne sous l'effet de l'eau derrière la piscine des Bains ;
  • Le bloc de granit rose percé d'un trou d'où dégouline un mince filet d'eau, en plein milieu de la Grand'rue ;
  • Le bassin du parc municipal, où les rares punks de la ville prennent des bains de pied quand il fait trop chaud.
Ma préférée, c'est celle ci, sur la place du Roude petz, au bout de la grand rue de Luxembourg ville. On peut admirer cette Hämmelsmarschbrunnen, pendant le temps qu’on se décide entre manger une gaufre chez Bakes ou un Symphonie chez Oberweis. D’ailleurs, une photo bien plus réussie que la mienne se trouve ici avec tout un tas d’autres belles images de la ville et des environs.

Quatre musiciens sont entourés d’autant de moutons et de deux enfants abrités sous un parapluie. Ils annoncent le début de la Schueberfouer en jouant la Hämmelsmarsch (la marche des moutons) qui débute traditionnellement les kermesses au Grand Duché. Ce défilé traditionnel est une particularité du Luxembourg, où des moutons enrubannés accompagnent la fanfare ouvrant les festivités. Quant au parapluie, on peut considérer qu’il fait également partie de l’accessoire de base de toute sortie en général. Alors, sous une fontaine, d'autant plus.

L’artiste responsable de cette œuvre s’appelle Wil Lofy, né en 1937 à Esch sur Alzette. Il a aussi réalisé l’hideux Bacchus de Remich (tellement laid qu'on se demande si ce n'est pas une vengeance contre les voisins allemands habitant juste en face). Mais il est aussi l'auteur des jolis animaux en bois qui entourent le bateau pirate du parc municipal.