30 janvier 2008

La Déroute du Nord


La semaine dernière, a eu lieu un événement qui marque une étape de plus dans l'avancement du 13° travail d'Hercule, entrepris par le Luxembourg il y a maintenant plus de 10 ans : réussir à construire 32 kilomètres d'autoroute pour relier la capitale au Nord du pays. Le Grand-Duc en personne a ouvert à la circulation un nouveau tronçon de 5 kms de cette Nordstrooss. Il ne manque plus que 9 kilomètres pour que le consortium des entrepreneurs en charge du chantier arrive à mener à bien son travail de titan. Un rapide calcul nous indique donc qu'ils avancent à la moyenne d'environ 2 kilomètres par an, et qu'ils devraient peut-être terminer la jonction avec les contrées de l'Ösling d'ici 2012 ou 2013. C'est d'ailleurs la date avancée par le Ministère des Travaux Publics, sur le site duquel j'ai trouvé la photo illustrant cette chronique.

Ca n'a l'air de rien, comme cela, mais à côté de ce chantier, le TGV, le tunnel sous la Manche ou les missions Apollo pour aller sur la lune ont presque été de longs fleuves tranquilles :

Le dépassement de planning est effrayant : la fin de l'ensemble était prévue pour 2007, ce sera au mieux 6 ans de retard. En lisant un rapport de 2002 disponible sur le même site du ministère, on apprend que la question de l'accès au Nord se pose depuis les années 60, on découvre les multiples variantes étudiées pour le tracé, et on voit que, comme souvent quand un projet commence à foirer, il est peu probable que la multiplication des experts, des décideurs et des politiques contribue à accroître l'efficacité des travaux.

Budget total à ce jour : 560 millions d'euros. Ca fait, quand même, plus de 17 millions d'euros le kilomètre ! A croire que c'est Jérôme Kerviel qui était chargé d'acheter le remblai sur un marché à terme. Heureusement que le pays n'est pas trop grand, on imagine s'il avait fallu dérouler 800 kms de bitume... Ceci s'explique, certes, en partie par les tunnels qu'il a fallu creuser, mais les "montagnes" du pays ne sont quand même pas les Alpes. Idem pour le viaduc de 900 mètres de long pour quelques mètres de haut, qui donne l'impression d'une sorte de route sur pilotis pour traverser la vallée de l'Alzette, comme ci cette modeste rivière avait l'envergure du Mississipi. Toujours dans le rapport, on découvre un sophisme de toute beauté : "De toutes les variantes étudiées, c'est celle au coût budgétaire le plus élevé qui a été retenu, ce qui démontre [sic] la volonté politique du gouvernement de minimiser l'impact négatif sur l'environnement." Et ceux qui achètent des voitures les plus chères possibles le font pour l'écologie, aussi, c'est ça ?
Le projet devait, d'ailleurs, être écologique, en réservant 14 passerelles pour ne pas perturber la faune locale, plus habituée au brouillard qu'au dioxyde de carbone. Une seule aura finalement été construite, les autres s'avérant techniquement irréalisable.

Heureusement, l'ouverture progressive des différents tronçons, depuis 2001, a permis de faire patienter les foules qui se pressent pour aller visiter Weiswampach, Urspelt et Hosingen...

29 janvier 2008

A la Vôtre

Comme on hérite ici des publicités de tous nos voisins, je me suis demandé si, finalement, je devais boire avec modération comme le suggèrent les Français, avec la sagesse préconisée par les Belges ou bien de façon responsable tel un Anglais.

Finalement, je me suis un peu renseigné et apparemment il n'y a pas d'autre règle, au Luxembourg, que celles citées dans une directive européenne de 1989, "Television sans frontières". Elle propose de ne pas faire de publicité pour l'alcool qui :
- serait adressée aux mineurs ;
- sugérerait que la consommation d'alcool améliore les performances physiques, ou contribuerait à la popularité ou à une vie sexuelle épanouie ;
- vanterait des vertus stimulantes, curatives ou sédatives de l'alcool ;
- présenterait les abstinents de manière négative et encouragerait à la consommation excessive.

La France, où la loi Evin interdit la pub au cinéma et à la télé, tout comme le sponsoring d'événement sportif ou culturel, apparaît comme un des pays les plus stricts, avec les scandinaves. En comparaison, l'Allemagne, précise juste des règles assez larges, comme de ne pas passer de spot dans les cinémas avant 18h.

En Belgique et au Luxembourg, l'alcool peut faire sa publicité à peu près partout, en tout cas y compris à la télé et au cinéma, pour autant qu'il fasse moins de 20°. Ainsi, le championnat de football du plat pays s'appelle Jupiler League. Vous imaginez la Kronenbourg league en France, des cartons jaunes sponsorisés par Pernod et, bien sûr, des cartons de rouge par la Villageoise.
Donc, voilà, à Luxembourg on peut boire un peu comme on veut. Et, en plus, on n'est pas obligés de manger 5 fruits et légumes par jour, ni d'avoir une activité physique régulière. Un paradis, je vous dis...

28 janvier 2008

Banque Emissaire


Juste pour rire, j’aimerais bien lire l’entretien annuel du gars dont le nom et la photo ont été balancés à la vindicte populaire comme responsable de la perte record à la Société Générale et, si ça se trouve, du krach de la semaine dernière. Qu’est-ce que son chef lui a fixé comme objectifs pour 2008 ? Prendre « un peu » plus d’assurance dans sa fonction ? Faire preuve de plus d’autonomie ? Une dose de pro activité, un soupçon de réactivité et, surtout, risquer plus pour gagner plus, c’étaient ça les mots d’ordre pour une belle prime de fin d’année ?
En tout cas, aujourd’hui, et tant que tient la thèse qu’il serait le seul responsable, ce gars doit 5 milliards d’euros à son employeur. Mettons que son salaire de trader tournait autour de 100 000 euros, ça lui fait, au bas mot, un crédit sur 50 000 ans, sans compter les intérêts et en partant du principe qu’il mange des pâtes au beurre à tous les repas. Avec un peu de chance (enfin, visiblement c’est pas son année), s’il gagne la cagnotte de l’Euro-Millions 200 fois de suite, il pourra solder sa dette en 4 ans. On lui fait grâce des pertes aux petits porteurs, de la récession américaine et des émeutes à Beyrouth, mais qu’il ne la ramène pas trop…

Avant, il fallait un milliardaire, style Georges Soros pour faire chuter les marchés. Maintenant, il suffit, d’un informaticien en chaussettes de tennis pour faire trembler la terre entière. Entre un café et une blague reçue par e-mail, hop, l’air de rien, vous engagez quelques dizaines de fois le PIB du Malawi.

Je ne sais pas comment ça marche en France mais, ici, au Luxembourg, si un banquier se trompe, il doit faire une déclaration d’incident. Dans les cas les plus graves, ça remonte peut-être jusqu’à la direction, ou à la CCSF, l’organisme chargé de surveiller le secteur financier. Mais, là, il tape carrément chez Christine Lagarde, voire Jean-Claude Trichet et Nicolas Sarkozy. A part ça, 5 milliards d’euros, si vous avez un peu de mal à vous imaginer ce que ça représente, c’est, justement, à peu près ce qu’ont gagné les banques luxembourgeoises en 2007. C’est aussi 10% de la fortune de Bill Gates, la moitié de celle de Silvio Berlusconi ou de Serge Dassault. Ca doit représenter environ 3 siècles de shopping de Paris Hilton. Même si M. Kerviel devient célèbre, il lui faudra toucher un paquet de droits d’auteurs pour refaire surface, comme son illustre prédécesseur Nick Leeson, qui avait coulé la Barrings en perdant « seulement » 1,4 milliards de dollars.

24 janvier 2008

Vidéo Gaga


Quand on est papa, on se prend des cheveux blancs, on dort moins bien et on devient plus soucieux. En effet, la paternité est l'occasion d'acquérir un caméscope (ou de se le faire offrir pour les papas chanceux...). Et si, techniquement parlant, l'utilisation d'un tel appareil n'est pas très compliquée, pour aboutir à un résultat à peu près convenable, ce n'est pas évident. A moins d’être le nouveau Scorsese, vous allez passer quelques nuits blanches à essayer de tirer le meilleur parti de votre nouveau jouet.

Pourtant, au début, toutes les conditions semblent réunies pour faire de vous un réalisateur à succès : le sujet est tout trouvé, les acteurs jouent chacun dans leur propre rôle, le public vous est acquis d’avance et votre appartement fera un décor des plus réalistes.

Premier écueil : le bouton zoom. Il est juste sous votre index, et il semble donc naturel de jouer avec pour enchaîner les gros plans sur la narine gauche, l’œil droit, le ventre et les pieds de votre magnifique bébé. Tout cela avec un effet tremblé décuplé par le grossissement. Au visionnage, accrochez-vous, il ne faut pas avoir le mal de mer.

Second piège à éviter : les plans séquences de 5 minutes. D’accord, en arrêtant de filmer 30 secondes, vous risquez de passer à côté d’un sourire, mais comme de l’autre côté vous en avez déjà une bonne cinquantaine, facilitez le travail du monteur (il y a de grandes chances que ce soit vous) et évitez de vous prendre pour Gus Van Sant. En plus, si vous avez un PC comme le mien, vous risquez de voir le logiciel de montage faire « tilt », juste au moment où vous dites « ha, tiens, je ferais bien de sauvegarder mon fichier ».

Derniers conseils du débutant que je suis : préférer filmer à l’extérieur pour avoir une meilleure lumière (pas facile, pour l’instant, avec un bébé né en octobre à Luxembourg). N’oubliez pas d’éteindre la radio quand vous filmez, au risque d’associer toute votre vie le retour de la maternité avec la Météo Marine du 2 novembre 2007 sur France Inter. N’abusez pas trop des effets spéciaux du logiciel de montage : les plans qui s’enchaînent avec des effets mosaïques, ça fait quand même très clip de Jeanne Mas, ou stagiaire qui découvre le PowerPoint. Triez et montez au fur et à mesure, surtout si vous avez déjà tendance à être dépassé par le tri des photos. Piochez dans vos MP3 pour accompagner l'image, notamment si vous devez masquer une prise de son pas terrible.

Et enfin, essayez de faire court, parce que ça fera de chouettes souvenirs, mais si vous produisez 5 minutes de film par mois, vous aurez tout de même largement de quoi rivaliser en durée avec la trilogie du Parrain quand votre enfant aura 10 ans.

23 janvier 2008

TGV leste


6 mois après le lancement du TGV, l'Est s'est rapproché du monde civilisé. Les bouseux que nous sommes peuvent enfin, en moins de 2 heures, aller manger une choucroute dans le 10° arrondissement et rentrer chez eux avant que la digestion ne soit terminée. Comme je viens d'emprunter pour la première fois ce train, voici mes commentaires sur cette fierté nationale, qui fait bonne figure auprès du paquebot France, de Johnny Haliday et des avions Rafale (est-il utile de rappeler que Ariane et Airbus sont européens, et non français) :
  • Les espaces bureaux en 2° classe sont ridiculement petits et mal conçus. Que les prises de courant soient réservées aux premières, ça se comprend, il faut bien justifier la différence de tarif. Que le mec qui a oublié de recharger ses batteries ne bloque pas les toilettes pendant une heure pour se brancher sur la prise rasoir électrique, c'est déjà un grand progrès partagé par tous. Mais n'y avait-il pas moyen de prévoir une zone tout petit peu plus confortable, ou alors juste un espace bureau pour tout le train, avec plusieurs sièges côte à côte ?

  • Les sièges sont très minces, et perdent le légendaire moelleux SNCF. Des ergonomes ont dû étudier que comme on passait deux fois moins de temps dans le train, on pouvait supporter d'être deux fois moins bien assis. Le jour où on arrivera à faire le trajet en moins d'une heure, on voyagera assis sur des strapontins, comme on est assis sur des sièges en bois dans les fast-foods.

  • C'est quand même dommage d'attendre son train sous la pluie à la gare de Luxembourg, sur la seule voie dépourvue d'abris pour cause de travaux. L'attente sur les escaliers ne fait pas hyper moderne.

  • Il faut prévoir son voyage longtemps à l'avance si on veut avoir des tarifs honnêtes, voire une place tout court : les trains sont souvent complets.

  • Lors de mon trajet, au retour comme à l'aller, pas de voiture bar, remplacée par des distributeurs. Du coup chacun fait la conversation à son portable, discrètement, comme le suggère la signalétique "chut" à au dessus de la porte.

  • Christian Lacroix a oublié que, même en seconde, les voyageurs pouvaient porter des vestes et qu'ils seraient contents d'avoir un petit crochet pour les suspendre plutôt que les bourrer au-dessus de leur tête sur des rangements un peu chiches.

  • On n'a pas d'impression de vitesse, malgré les 300 kms/h, du fait qu'on longe souvent des talus et qu'on roule en ligne droite et plate quasiment en permanence. Je ne m'attendais certes pas à une ambiance space mountain, mais ça m'aurait plu de dépasser les grosses Porsche des pollueurs professionnels sur l'autoroute.
  • Le Virgin dans la nouvelle gare de l'Est, c'est sympa pour attendre le train au retour en faisant quelques achats. Ca doit être le Megastore de France où la proportion de bidasses est la plus élevée.

  • Enfin, la photo est éloquente, je trouve les motrices du TGV moins réussies que celles de l'ICE (Paris-Francfort) ou du POS (Paris - Munich) qui empruntent les mêmes voies.

Enfin, tout ça c'est pour pinailler, évidemment, parce qu'à deux heures de Paris, avec bientôt le Wifi dans le train, il n'y pas trop de quoi se plaindre !

21 janvier 2008

A Deux Mains les Enfants


Avec un bébé, même aussi gentil qu'Hélène, il y a des moments où il faut calmer les pleurs par le contact. Un système de capteurs ultra-sensibles, directement reliés aux cordes vocales, permet à l'enfant de se rendre compte si vous essayez de le poser dans son transat, son lit ou son parc. Autant dire que, maintenant qu'il est calme, vous avez intérêt à le garder dans vos bras si vous ne voulez pas retourner à la case départ. 5 minutes, 10 minutes, une demie-heure, soit vous êtes condamné à regarder "très chasse / très pêche" en allumant la télé avec le nez, soit vous portez votre progéniture sur un de vos bras (faisable même sans les biceps de Silvester Stallone) et vous pouvez essayer de vaquer à vos activités quotidiennes (ou nocturnes). Enfin, pour être plus précis, un sous-ensemble de vos activités correspondant à "ce qu'il est possible de faire avec l'un de vos deux bras complètement immobilisé près du corps pour tenir précautionneusement un poids fragile de 5 kilos et de 60 cms" :

  • Applaudir : impossible, évidemment. Maintenant la probabilité que vous soyez en train de porter votre enfant sur votre bras à un concert de Céline Dion est relativement faible. Idem pour danser le tango, réussir un créneau ou faire des pompes.
  • Faire vos lacets : impossible. Retrouvez le plaisir des baskets à scratch comme dans votre enfance.
  • Manger des spaghettis : difficile, en fait surtout dangereux pour le bébé au-dessus duquel votre fourchette de pâtes maladroitement enroulée va devoir passer.
  • Ecrire un article de blog : possible mais très, très, très lent. Impossible toutefois de réaliser le périlleux Ctrl+Alt+Suppr si vous n’êtes pas déjà logué, ou alors il faut connaître l’astuce du 5 x shift, qui rend les touches rémanentes.
  • Vider le lave vaisselle : possible, et recommandé pour les abdos-fessiers quand il faut attraper les assiettes puisque, incapable de vous pencher, vous devez faire une série de flexions extensions du plus bel effet.
  • Faire la cuisine : La nature est bien faite, vous être à peu près en mesure de cuisiner ce que vous serez capable de manger. Oubliez toutefois les aliments en bocal et les boîtes de conserve, à moins d'être très habile avec vos pieds.
  • Décapsuler une bière : impossible (sauf pour lui). Idem pour déboucher une bouteille de vin (sauf à utiliser cette méthode, peu recommandée pour les grands crus). Il ne vous reste plus qu’à boire des mousses en canettes de fer blanc et du vin en bouteille à bouchon à vis ou en tétrapak.
  • Plier le linge, recoudre un bouton, fermer un sac poubelle, repasser : impossible. Chouette. Mais vous ne pourrez pas en profiter pour jouer à la Wii, ni vous rouler les pouces…Il vous reste juste à essayer de battre le record de Rubik's cube à 1 main.

Mes 3 mois d'expérience ne m'ont pas encore permis de faire le tri autour de la frontière encore floue des tâches à la faisabilité incertaine, comme manger une banane ou des pistaches, fermer une enveloppe ou lire un livre, mais je me dis que, par contre, quand on a des jumeaux, ça ne doit vraiment pas être évident...

18 janvier 2008

Carlos ou Carla

Il y a deux semaines, surgie du tréfonds de ma mémoire capricieuse qui me fait me rappeler des paroles les plus indigentes quand je me trompe encore sur mon numéro de GSM, la chanson « Quelqu’un m’a dit » hantait tout mon vendredi. Il avait suffi que France Inter annonce à mon réveil le nom de l’étonnante nouvelle petite amie du président français pour que je me mette à fredonner sous ma douche, dans la voiture, à mon bureau, « on me dit que nos vies ne valent pas grand chose, elles fanent en un instant comme fanent les roses, on me dit que le temps qui glisse est un salaud que de nos nas nas nas il s’en fait des manteaux etc. »

Evidemment, ce matin, ça n’a pas loupé. Nicolas Demorand a annoncé la mort de Carlos, j’ai eu « Tatayou Tatayou Lélé » dans la tête toute la journée. Evidemment, c’était plutôt du style « tatayou, tatayou, tatayou tatayou lélé, j’ai le plus beau des tatayou lélé que l’on ai vu depuis des années » en boucle 50 fois, parce que je ne suis pas assez fan pour connaître toutes les paroles.
Hé bien, c'est un peu triste mais je dois avouer que, au niveau du ressenti intime de mon vendredi, j’ai largement préféré la mort de Carlos à l’amour de Carla.

17 janvier 2008

Album Life

Au départ, la photo numérique, on trouve cela génial. Quand on vient d’acheter son appareil, on prend 50 photos par jour de tout et n’importe quoi, on joue avec le diaphragme, le temps d’exposition, on fait des macros de son gros orteil ou des fleurs du jardin. Puis l’exaltation liée au nouveau jouet technologique retombe et on redevient raisonnable. On fait un tri sur son PC, dans le meilleur des cas, ou on achète un disque dur externe pour tout copier dessus.

Rien de bien original. De temps en temps, soyons fous, pour les old school trentenaires comme moi, on se connecte même sur foto.com pour commander quelques dizaines de tirages papier. Qui finissent dans une boîte à chaussures, à côté des vieilles photos. Il faut dire que le mode de facturation de ce genre de site vous pousse à regrouper vos commandes et donc à attendre plusieurs semaines, si ce n’est plusieurs mois. Et puis, à fréquence encore plus espacée, il vous prend une envie de vider votre boîte à chaussures et de tout ranger dans des albums.

C’est là que les ennuis commencent. Surtout si vous avez eu un bébé entre-temps. Parce que, là, non seulement vous avez retrouvé la frénésie photographique des débuts, mais en plus ça vous fait mal au cœur d’en jeter ne serait-ce qu’une seule. Vous prévoyez large et vous achetez donc 15 albums du même modèle, parce que selon un corollaire de la loi de Murphy, il est aussi improbable de retrouver une assiette du service dont vous venez de casser une pièce que de trouver à plus de 6 mois d’intervalle le même modèle d’album photo dans un magasin à moins de 200 kms de distance du lieu où vous avez acheté le premier. Vous prévoyez une heure pour tout ranger, ça semble large.

Il y a un détail que vous avez négligé : il est un peu plus compliqué de trier par dates croissantes des morceaux de papier que des fichiers sur un ordinateur… Le voyage en Argentine, c’était avant ou après l’anniversaire de ta sœur ? Le mariage de cousin Félix, c’était avant ou après notre déménagement ? Vous essayez de vous accrocher aux vêtements, à la longueur des cheveux, à la végétation pour connaître les saisons. De temps en temps, vous avez eu la bonne idée de ne pas renommer les fichiers avant de les envoyer par Internet, et vous pouvez profiter du numéro de photo imprimé au verso par le marchand, ce qui vous fait gagner quelques minutes. Au pire des cas, vous retournez vérifier sur un agenda, ou sur les fichiers de votre disque dur. Malgré les photos qui ne viennent pas de votre appareil, celles qu’on vous a donné, les formats sont trop larges pour rentrer dans la pochette et qu’il vous faut découper, vous venez à bout de la boîte à chaussures, au prix de quelques décalages : cette opération délicate qui consiste à découvrir que vous auriez dû, en fait, insérer la photo que vous tenez entre les mains non pas ici, dans l’emplacement qui suit, mais dans un emplacement 15 pages avant. A la première erreur, vous laissez passer, mais à la deuxième vous décidez de faire les choses sérieusement. A la 10° erreur, vous sortez tout, absolument tout, des albums et vous faites un gros tas, pour appliquer un tri par insertion. Comme vous avez fait un peu d’informatique, vous vous souvenez que cet algorithme est LENT et INEFFICACE pour les ensembles de plus de 20 éléments (ce qui est largement votre cas) mais à cette heure avancée de la soirée, vous n’imaginez pas appliquer un quicksort sur votre tas de clichés. Une heure après, victoire, votre tas ordonné a été replacé dans la série d’albums vides.

C’est à ce moment là que vous découvrez la DEUXIEME boîte à chaussures, oubliée depuis des années. Dans le meilleur des mondes, toutes les photos qui s’y trouvent seraient plus vieilles que celles que vous avez déjà rangées. Mais, évidemment, ce n’est pas le cas et vous pouvez redécaler.

Pour peu que vous n’ayez pas vérifié également que le répertoire dans lequel vous sauvez les fichiers images en attente de commande sur foto.com, vous êtes bon pour recommencer une troisième fois, ou allumer votre PC pour décrire vos mésaventures et reporter la corvée au week-end.

16 janvier 2008

Tout ça pour gagner 8 euros


De temps en temps, quand on rentre au Luxembourg par l’A-31, on peut voir, le long des grandes vagues de bitume qui précèdent la frontière, des véhicules immobilisés sur la bande d’arrêt d’urgence. En fait d’urgence, c’est la force des choses qui les a fait s’arrêter là, tels des baleines échouées sur la grève ou des limaces grillées au soleil lors de la traversée d’une terrasse exposée au sud. Ce phénomène survient surtout dans les périodes de grandes migrations, retours de vacances principalement, lorsque des espèces exogènes transitent par notre écosystème frontalier.

La différence des taxes sur les carburants a fait du tronçon le plus septentrional de cette autoroute française un no-man’s land de la station service. La dernière chance de trouver du carburant sur cette route est la station après le magasin Ikea de Metz, ensuite il faut tenir une bonne cinquantaine de kilomètres. Mieux vaut le savoir avant de répondre à votre femme que "c’est bon, même si le voyant est allumé, ça tiendra jusqu’au Grand-Duché". Surtout si vous êtes joueur et que vous avez délibérément calculé la juste dose de diesel à prendre au Leclerc de l'aire de Dijon-Spoye, pour arriver pile-poil au Luxembourg, où vous gagnerez 20 cents par litre. Manque de chance, en ce soir de retour de vacances, vous êtes chargé comme un mulet et vous n’avez pas réalisé que la consommation de votre break allait s’en ressentir. Mais quand vous commencez à douter, il est déjà trop tard. Vous avez dépassé ce point de non retour. Vous pouvez toujours faire la danse du pétrole pour que Bison Futé fasse apparaître une pompe, il n’y a plus que des aires de repos. Tout le monde fait son plein au Luxembourg.

Vous aussi. Sauf que, là, il va vous falloir marcher sous la pluie, le long de la glissière de sécurité, jusqu’à la douane, peut-être même jusqu’à l'aire de Berchem, à moins qu'un routier compatissant ne vous dépanne, pour ramener un jerrican d’essence. Que les douaniers devraient vous confisquer pour contrebande...

15 janvier 2008

Un peu de verdure


Où aller pousser sa poussette quand on habite en ville ? Quels sont les parcs où vous ne risquez pas de vous faire dévorer les mollets par un pit-bull, ni de voir votre bébé asphyxié par la fumée des Audi Q7 qui démarrent à fond les ballons au carrefour juste à côté ? Après 3 mois d’expérimentation, je vous livre mon petit palmarès personnel :

La vallée de la Pétrusse : l’avantage c’est que cette vallée verdoyante est accessible depuis n’importe où, l’inconvénient c’est que ce sera soit par des escaliers, soit par des descentes vertigineuses, soit par des routes pavées dont les trottoirs deviennent trop étroits sur la fin pour faire rouler la plus maniable des poussette. Reste l’option parachutage depuis le pont Adolphe ou par kilomètre lancé sur la grande pelouse qui descend en face de la cathédrale (voir photo), si vous êtes en couple et que Papa est en bas, prêt à réceptionner le colis.

Le parc municipal : l’avantage c’est qu’au milieu de cette grande pelouse bordée d’arbres centenaires, bien qu’entre le Glacis et le Centre ville, vous vous sentez complètement à la campagne. L’inconvénient c’est que si vous approchez des buissons vous vous sentez complètement dans le Bronx.

Le bateau pirate avenue Monterey : l’avantage c’est qu’il est très pratique d’accès également, que les chemins sont en goudron bien lisse, qu’il y a des bancs pour s’asseoir, une buvette, des toilettes dans un algeco. En plus, l’endroit est superbement aménagé avec bateau grandeur nature au milieu d'un grand bac à sable / gravier, des jeux d’eau, des animaux en bois, un grand toboggan et des cordages dans tous les sens. L’inconvénient c’est que l’endroit est superbement aménagé et qu’il est probable que tout parent habitant la ville peut souscrire un abonnement à ce parc pendant une dizaine d’années.

Le ranch du Bambesch : idem que le précédent, sauf qu’il faut rajouter quelques kilomètres de voiture. L’avantage c’est que vous êtes alors en pleine campagne, l’inconvénient c’est que vous allez ramener un paquet de gravier dans votre voiture, qui n’est plus à ça près de toute façon.

Le parc de Merl : les allées pavées ou ensablées ne sont pas très pratiques pour la poussette, mais ne serait-ce que pour jeter du pain aux canards, ou boire une petite bière au kiosque (ou une tasse de thé avec une part de tarte) ce parc vaut vraiment le déplacement. L’avantage c’est qu’il y en a pour tous les âges : cages à singes, petites balançoires, tourniquets, canards à nourrir donc, terrain de beach-soccer, terrain de volley et buissons pour se rouler des pétards près de l’athénée. L’inconvénient c’est qu’il se situe au cœur de la caniche-connexion de la ville. Bel-Air est plein de ces mamies habillées comme leurs chiens, qui malheureusement n’ont pas toujours la civilité (ou la possibilité physique) de ramasser les déjections de leurs petits trésors. Qu’on leur mette des couches, on fait bien ça avec nos enfants, que diable ! (et avec nos petits vieux aussi d’ailleurs).


Le Pulvermühl : ce n’est pas à proprement parler un parc, mais la route qui relie le bas du boulevard d’Avranches à Hespérange, et qui sert également de piste cyclable est idéale pour les promenades avec bébé. L’avantage c’est que c’est goudronné, au bord de la rivière, que vous ne tournez pas 18 fois en rond autour d’un étang artificiel et qu’il y a peu de chiens. L’inconvénient c’est que tous ces adeptes du vélo, du roller et du jogging vous renvoient une image peu flatteuse de trentenaire sédentaire nouveau père de famille qui ferait mieux de suivre une activité physique régulière au lieu de consacrer tous les soirs une heure de son temps libre à écrire un blog.

14 janvier 2008

Articles au Rabais

Licence Creative Commons BY-ND. By Jofre Ferrer.

Tous les ans, en janvier et en juillet ils reviennent. L'année dernière on en parlait encore au féminin mais, cette année, par une curieuse mutation généto-grammaticale, leur genre est passé au masculin. Vous ne pouvez pas leur échapper. Ce sont les reportages sur les soldes. Alors cette année, cadeau, je vous propose un article sur les articles sur les soldes. En attendant plus absurde dans les années qui viennent si je journalisme d’investigation continue à se borner à descendre au coin de la rue pour réaliser un micro-trottoir et à interviewer Mireille la vendeuse.

Le Monde nous apprend qu’il y a des gens qui sont pour et d’autres contre. Dingue.

Libé dépêche des envoyés spéciaux au cœur des affrontements, rue de Rivoli, et a même demandé à un stagiaire de trouver des blogs qui donnaient des conseils pour faire les soldes. Trop tendance.

Le Figaro propose un guide pratique pour profiter des soldes. On les comprend, vu que ça ne revient que tous les 6 mois, on avait déjà oublié comment ça marchait. Il y aurait donc des marchands qui vendraient des biens à prix réduit mais des fois ce serait des arnaques et des fois non, mais ce serait toujours mal rangé et il faudrait se battre pour trouver sa taille, sauf sur Internet. Je trouve qu’ils auraient pu compléter avec un guide pratique d’Internet, des fois qu’on sache plus trop où il faut cliquer.

L’Humanité n’a aucun article sur les soldes, d’après son moteur de recherche. Mais comme ils n’en ont semble-t-il pas plus sur « Sarkozy » ou sur « CGT », c’est qu’il doit y avoir un petit bug dans leur moteur.

La Croix reprend mot pour mot l’article de l’AFP et qualifie ainsi, paradoxalement, l’événement de « Grand-messe de la consommation ». Il est d’ailleurs amusant de relever les copieurs qui se sont contentés de la touche Ctrl+V pour remplir atteindre leur quota de papier quotidien : il suffit de faire une recherche sur l’expression "polémique sur une éventuelle libéralisation de cette grand-messe de la consommation", pour trouver, parmi d’autres, L’Expansion, Yahoo, AOL, Le Parisien, L’Internaute, L’Express, 20 minutes, L’Essentiel (ça c’est pour faire plaisir à mes fans…)

Le JDD nous apprend qu’on peut faire des superbes affaires sur les maillots de bain cette année. Ha, non, c’est l’article d’il y a 6 mois, dur de faire la différence.

L’Union Champagne-Ardennes-Picardie nous pond une fine analyse économique sur la baisse du pouvoir d’achat des Français. On se demande où ils vont chercher des idées aussi originales.

La Libre Belgique nous apprend que les manteaux d’hiver et les gros pulls sont très bien partis chez nos voisins. Qui l’aurait cru ?

La Tribune nous propose un petit mélange de tous ces poncifs, avec réactions des experts sur la proposition de la ministre de généraliser les périodes de soldes. L’article vaut surtout par le premier commentaire, d’un certain Nicolasd, qui fait remarquer que le chiffre tant rebattu de 20 % de chiffre d’affaires réalisé pendant les soldes est à mettre en regard du temps que dure ces mêmes soldes… qui est de 2 x 6 semaines, soit 22 % de l’année !

Comme quoi, l'intelligence ne s'use vraiment que si l'on ne s'en sert pas.

10 janvier 2008

Plaisir d'Hiver n° 5


Pour clore cette série sur les joies de début d'année, je vais vous parler un peu des voeux. Une vieille chronique sur les voeux professionnel me ramène tous les ans quelques dizaines de visiteurs avides de trouver sur Google des formules toutes prêtes pour souhaiter du bonheur de façon vraiment personnelle et sincère à leurs collègues, clients et fournisseurs. Pas de chance, il n'y a rien de tout fait, mais il faut reconnaître que l'exercice est difficile et passablement pénible si on ne veut pas faire simple (à savoir, répondre à ceux qu'on a reçus au fur et à mesure) :
  • L'option basique : "bonne année et meilleurs voeux". Tant qu'à faire, n'indiquez même pas l'année et commandez vos cartes recto-verso chez un imprimeur qui vous en tirera quelques milliers d'exemplaires déjà prêts pour les 10 ans à venir.

  • L'option pléthorique : les voeux de la RATP (voir illustration, ou ici pour un plus grand format, on y constate que la régie parisienne souhaite, entre autres, des RTT à ses usagers, on ne sait jamais, des fois qu'il y aurait quelques grèves), ou les miens, d'ailleurs, faits il y a quelques jours.

  • L'option illustrée : avec une photo, si vous ne foulez pas trop pour les voeux, au moins vous avez pris le temps de choisir une belle photo, et ça rend le message personnel (j'ai aussi fait ça cette année, alors forcément, je trouve que c'est bien).

  • L'option powerpoint de 18 Mo : Comme ça, l'année prochaine, vous n'aurez plus d'ami, donc plus de problème de voeux à souhaiter.
  • L'option faignant : je fais un mail en mettant en cci tous mes contacts outlook. Le temps gagné pour l'envoi du mail est perdu dans la réception, le tri et l'élimination des 182 "undeliverable message". Ceci dit, c'est une bonne occasion de faire un peu de ménage dans son carnet d'adresse.
  • L'option lo-tech : sur une carte avec un timbre. Et pourquoi pas écrit au stylo plume aussi ?

09 janvier 2008

Plaisir d'Hiver N° 4


On a vu dans la chronique précédente que nos sociétés modernes avaient tourné le dos à la pratique de l'hibernation. Peut-on alors m'expliquer pourquoi nous nous obstinons à perpétuer, par contre, le principe de la bonne couche de graisse pour passer les mois d'hiver ?

Il suffit de regarder le calendrier des fêtes durant les 3 mois de la morne saison, pour s'en convaincre. Ca ferait passer le programme de gavage des oies dans le Gers pour un séminaire minceur intensif en thalasso-thérapie :

24 décembre, moins de 3 jours après le début de l'hiver, on attaque avec le réveillon de Noël. Menu traditionnel : foie gras (350 calories par tranche) et boudin blanc (900 calories par saucisse)
25 décembre : jour de Noël. Menu traditionnel : dinde aux marrons (1200 calories au kilo) et bûche avec une bonne crème au beurre (2350 calories la part, à vue de nez)
31 décembre : réveillon de la Saint Sylvestre. Menu traditionnel : huîtres, plateau de fruits de mer, omelette norvégienne, tout ça bien arrosé de cocktails et de champagne, et accompagné de chocolats comme s'il en pleuvait (compter un minimum de 3 000 calories)
1 janvier, jour de l'an. Menu traditionnel : gâteau calendrier (au Luxembourg en tout cas), choucroute chez certains Belges, on ne fait pas dans le léger non plus. Ajoutez 5 000 calories à l'addition.
6 janvier : épiphanie. Une part de galette à la frangipane, avec un peu de chance vous aurez la fève qui va vous enlever quelques grammes de pâte feuilletée au vrai beurre. calories : buffer overflow.
2 février : chandeleur. Votre estomac distendu par la violence des agapes vous permet d'engloutir sans peine deux douzaines de crêpes. Nappées de Nutella, de crème de marrons, de chantilly, de confiture et d'une petite couche de sucre glace pour faire joli (voire de pastilles colorées en sucre si vous êtes hollandais).
5 février (cette année) : mardi gras. Bugnes dans ma région (oui, je suis originaire de la riante cité rayée noire et verte de Saint Etienne), Verwurelter dans mon pays d'adoption, Berliner de l'autre côté des frontières, croustillons en Belgique et beignets dans le monde civilisé. Dans tous les cas, c'est du sucre et de la pâte à choux cuits à la friteuse. Encore une fois, rien de super diététique.
7 février (cette année) : nouvel an chinois, orgie de dim-sum et de porc sauce aigre-douce. Aïe, aïe, aïe.
14 février : La Saint Valentin et ses dîners "romantiques" au restaurant où défilent sous vos yeux des quantités de nourriture qui vous encourageront plutôt à ronfler qu'à faire des galipettes une fois retrouvée la tiédeur du lit conjugal.
Pâques est sauvé de justesse, ça tombe 2 jours après la fin de l'hiver. Mais, ensuite, on ne vous gavera plus pendant des mois.

Et encore, Luxembourg a déplacé sa fête nationale du 23 janvier au 23 juin, et je ne vous raconte pas si vous avez la curieuse idée d'organiser votre mariage le 9 février.


Bilan : vos caleçons sont tellement tendus que vos fesses ressemblent à des ballons de football. Vous pouvez aller dépenser votre 13° mois aux soldes pour racheter une ou deux chemises et un pantalon à votre taille.

08 janvier 2008

Plaisir d'Hiver n° 3

En décembre et en janvier, au Luxembourg, il ne fait jour que 8 heures. Les sites sérieux parlent de fraction d'insolation mais, évidemment, les probabilités de voir le soleil sur une fenêtre aussi réduite sont proches de zéro, surtout ici. A titre de comparaison, les Lyonnais ont une demie heure de plus et les Berlinois une demie heure de moins. Les habitants de Stockholm, eux, se contentent de journées de 5 heures (le soleil se couche avant 15h). Alors que tout un tas de pays vivent sur des rythmes stables tout au long de l'année, plus on s'éloigne de l'équateur et plus la logique voudrait qu'on passe plus de temps à dormir quand il fait froid.


Avec une journée réduite à 8 heures, il est vraiment contre nature de travailler alors qu'on pourrait hiberner sous une couette. On pourrait ainsi économiser sur les consommations énergétiques. On diminuerait les risques de contagion dans ces périodes où les virus prolifèrent. D'ailleurs, il y a une catégorie professionnelle qui a bien compris qu'il ne servait à rien de vouloir à tout prix continuer à travailler durant ces semaines obscures : les footballeurs.


Tous les ans, sauf en Angleterre, les pousseurs de ballons ronds respectent une trève qui devrait inspirer les autres corps de métier. Pourquoi les informaticiens, les boulangers et les clercs de notaires devraient-ils se lever, affronter le froid et le vent pour gagner leur croûte quand des athlètes de 20 ans sont payés des fortunes à jouer à la PlayStation dans leur salon ?



Ceci dit, il semblerait que, dans certaines régions reculées de France où j'ai la chance d'avoir passé les fêtes, on mette à profit les instants de répit du championnat pour faire du jardinage et de l'emballage de fruits et légumes aux abords du stade... Il n'y a pas de petit profit.

07 janvier 2008

Plaisir d'Hiver n°2


Compter 2 minutes pour dégivrer mon pare-brise tous les matins (option écologique, grattoir et gants, contre 10 minutes de moteur qui tourne pour l’option pollueur) ne m’a jamais paru aussi absurde que depuis que j’habite à 3 minutes de mon bureau (option pollueur, voiture, contre 20 minutes humides et glaçantes en vélo ou 30 minutes à pieds). Bref, je déteste le gel. Et encore, ce n’est rien comparé à mes souvenirs d’enfance lorsque, habitant pourtant 600 kms au sud de Luxembourg, la glace empêchait régulièrement mon père d’ouvrir la voiture familiale, une Talbot Horizon évidemment dépourvue de commande à distance, et qu’il lui fallait chauffer la clé à la flamme d’un briquet pendant 5 minutes pour espérer l’introduire dans la serrure (je ne crois pas me souvenir que Papa ait jamais pris l’option écologique, consistant à uriner sur la portière).
La glace est également l’occasion de transformer tout un chacun en Surya Bonaly ou en Candeloro des trottoirs, pour peu que vous ne soyez pas chaussé de Moon Boots, ce qui est généralement le cas si vous portez une cravate ou un tailleur. Et, là, vous remerciez les architectes des temps modernes, qui ont réalisé de superbes esplanades bien lisses pour faire écho aux verticalités de verre et d’acier qu’ils sèment dans nos villes.
En ce jour où j’étais à Paris pour le travail, je remercie particulièrement M. Dominique Perrault, grâce à qui j’ai tenté à 3 reprises ce matin la combinaison triple axel – double loops piqué sur le parvis de la BnF. L’immense surface en bois d’ipé, bien que pourvue de stries en béton, est la plus grande patinoire de Paris, loin devant celle de l’Hôtel de Ville. Inutile de louer des patins : une paire de mocassins à semelle de cuir font l’affaire, pour peu qu’il ait plu durant la nuit. J’espère ne jamais y aller par températures inférieures à 0° C.

06 janvier 2008

Plaisir d'Hiver N°1

Photo Licence CC:BY-NC-ND. By Mark Dodds

Pour la première semaine de la nouvelle année, j'essaie de démarrer par une petite série sur les plaisir d'hiver.
L’hiver, à Luxembourg comme dans les pays voisins, se reconnaît aux guirlandes lumineuses dans les rues, aux Pères Noëls pendus aux façades comme des gibiers de potence et, citons le poète, à « cette maladie qui l’hiver l’anus m’irrite, ce virus venu du froid nommé gastro-entérite. » On sort tout juste de l’épidémie, particulièrement virulente cette année, je peux en témoigner. Cette fois, j’ai fait partie de l’école « avant les fêtes », qui est une option pas trop mal en fait, même si je ne l’avais jamais expérimentée, tombant malade en général au mois de janvier ou février, parmi les derniers résistants, tel un blessé idiot le matin de l’armistice. L’avantage est évidemment que, si vous avez entièrement rénové votre système intestinal avant les traditionnelles hostilités à base d’huîtres et marrons glacés, vous n’aurez pas à vous forcer pour limiter votre prise de calorie lors des orgies à répétition.

La gastro, c’est comme Helmut Lotti ou Tino Rossi, on peut essayer d’y échapper, c’est quand même bien difficile quand on doit se confronter au monde des vivants durant les mois de décembre et janvier. Les hommes sont tous égaux devant la gastro. Une poignée de main, un souffle trop appuyé, une réunion de trop et c’est parti pour un feu d’artifice qui vous rappellera que, même au XXI° siècle, il subsiste des virus qui ne touchent pas les ordinateurs.

J’irais même plus loin, et j’oserai déclarer que la gastro, c’est comme l’amour : il suffit d’un seul contact avec l’autre pour être atteint. Vous avez envie de rester au lit toute la journée. Tout le monde peut être touché, comme ça sans prévenir. Ca vous donne des papillons dans le ventre. Vous vous sentez fébrile et rien d’autre n’a d’importance. Comme l’amour, il n’y a pas de moyen de guérison, tout au plus peut-on en atténuer les symptômes. Comme l’amour, c’est complètement injuste. J’en veux pour preuve que c’est encore une fois dans les régions les plus gaies et riantes (Champagne-Ardennes cette année) qu’on bat les records de taux de contamination, comme on écrase déjà les autres en terme taux de suicides ou d’alcoolisme.

Par contre, et heureusement, en général ça dure moins longtemps que les plus brèves histoires de vacances.

03 janvier 2008

Faites vos vœux


Après tout, c'est de saison, et quoi de mieux pour commencer une nouvelle année et reprendre son blog après une longue interruption que de débuter par les vœux de rigueur ?

Alors, pour 2008, je vous souhaite que vos clés soient toujours dans la poche où vous les cherchez, que vos lacets ne se défassent pas tous seuls, qu'il ne pleuve que quand vous aurez un parapluie, que vous ne tombiez pas en panne d'essence sur l'autoroute, que vous choisissiez toujours la bonne file au supermarché, que vous réussissiez les nouvelles recettes que vous tenterez, que vous n'attrapiez pas la gastro-entérite, que votre ordinateur ne vous lâche pas, que les poissons soient sans arrêtes, que vous aimiez tous les films que vous irez voir au cinéma, que vous n’ayez pas d’ongle incarné, ni de sable entre les doigts de pieds, que vous ne vous trouviez jamais coincé dans un ascenseur avec quelqu’un qui vient de terminer son flacon d’after-shave au patchouli, que vos nuits durent 8 heures minimum, que les policiers vous oublient lorsque vous êtes mal garé, que vous fassiez de beaux voyages, que les marteaux piqueurs marteaux-piquent loin de chez vous, que vos fermetures éclairs ne cassent pas, que votre bus soit toujours à l’heure, sauf le jour où vous avez 5 minutes de retard, que les verres soient bien propres quand ils sortent du lave vaisselle, que les boutures prennent, que les bouts des allumettes ne se cassent pas, que vous réussissiez tous vos créneaux, que vous appreniez plein de nouvelles choses, que les bières soient bien fraîches, que la plomberie et l’électricité chez vous soient sages et dociles, que les moustiques et les contrôleurs fiscaux vous épargnent, que les câbles électriques ne s’emmêlent pas tout le temps, qu’on ait enlevé les noyaux des cerises dans les clafoutis.

Et puis, allez, soyons fous, ne lisez que de bons livre aussi. Alors, pour commencer, je ne saurais que trop vous recommander 2 BD que j'ai découvert récemment (merci Papa Noël) et qui parlent toutes les deux, de façons très différentes, de missions humanitaires en Asie pour MSF, vues par un personnage extérieur : Chroniques Birmanes de Guy Delisle, dont est extraite l'illustration ci-dessus, qui m'a bien fait marrer, et Le Photographe, de Guibert, Lefèvre et Lemercier où les photos se mélangent aux dessins.