29 avril 2008

Pour 100 balles, t'as plus l'air de rien

Ici, on n'a pas beaucoup de ponts, mais y a de la place en-dessous

J'écrivais récemment que le nombre de mendiants à Paris me surprenait de plus en plus, à chaque fois que j'y allais. Ce à quoi un commentaire répondait que Luxembourg comptait également son nombre de clochards. Effectivement, habitant Bonnevoie, je ne peux que constater qu'une dizaine de personnes ont l'habitude de trainer sur la place Léon XIII, devant l'église. Néanmoins, et heureusement, le phénomène semble beaucoup plus limité. La relative concentration dans ce quartier est due, j'imagine sans trop prendre de risques, à la présence d'un foyer d'hébergement à proximité.

Par contre, c'est avenue de la Gare que, semble-t-il, la mendicité devient de plus en plus active. Et, ce qui est étonnant, même si on sait que le niveau de vie est assez élevé au Grand Duché, c'est quand on vous répond, après que vous ayez glissé une pièce de 2 euros à un SDF qui brandissait une photo de son enfant sous votre poussette :

"C'est tout ? J'ai même pas de quoi acheter un hamburger !" (véridique)

Dans ces cas là, évidemment, vous êtes tellement étonné que vous n'avez pas la présence d'esprit de lui demander s'il accepte la carte bleue. Ou s'il espérait un billet de 100 pour aller chez Mosconi. Résultat, vous répondez "ben oui" et vous réalisez que, en fait, il n'existe pas de pièce plus grosse que ça, et qu'il est assez rare qu'un type vous accoste en vous demandant "un petit billet s'il vous plaît". Les pièces jaunes, je n'en parle même pas, vous pouvez les garder pour David Douillet. La prochaine étape, j'imagine que c'est directement d'inscrire son code IBAN pour recevoir des virements.

28 avril 2008

Photos

De temps en temps, je vais voir sur Flickr ce qu'on peut trouver comme photos de Luxembourg. C'est toujours intéressant d'avoir les points de vue d'autres personnes sur le lieu où l'on vit (et aussi le jardin du Luxembourg, évidemment, qui concerne environ 60 % des résultats...). J'ai refait l'exercice récemment, et voici un petit échantillon (photos licenciées en Creative Commons) :


D'abord, une série bien flashy réalisée par Wolfgang Staudt, en HDR (une technique de triche pour photographes assez bien équipés, qui consiste, en gros, à mixer avec un logiciel plusieurs images d'une même vue pour accentuer les contrastes et les couleurs).


J'aime bien, également, cette photo de Yoyental : une vue du côté de la Chambre des Députés, éventrée (ou pénétrée, c'est selon) par la coursive qui doit certainement éviter aux représentants du peuple de se mouiller en traversant à l'air libre les 25 mètres qui séparent l'ancien du nouveau bâtiment. C'est une technique architecturale qui a l'air assez en vogue au Grand Duché (immeubles de la KBR, Cercle Municipal, tunnel de la Spuerkess).

Du coup, en profitant du soleil de ce week-end, j'ai eu envie de prendre tout un tas de photo, dont une assez classique, mais qui a le mérite de bénéficier de l'activité du plateau du Kirchberg pour accentuer tous les ans un peu plus le contraste :

24 avril 2008

Des poils, ha mais zut !

D'après le dernier recensement, il ne resterait plus que 189 personnes qui vivent à Poil

En plus des coups de vieux successifs que m'ont apportés ces derniers mois (mariage, changement de dizaine, enfant), je dois supporter également le développement croissant d'une pilosité anarchique. Comme le disait Bruce Willis, "Au fur et à mesure que tu vieillis, Dieu a la bizarre idée de t'enlever les poils de la tête pour te les mettre dans les oreilles, sur le dos et le nez".

Depuis quelques temps, j'ai quelques sourcils qui rallongent, dont, parmi eux, un unique spécimen entièrement blanc, et même un poil de nez dont la croissance ne s'arrête pas. Un poil noir et épais, que j'épile inlassablement, dès qu'il pointe à l'extérieur de ma narine droite. Chaque fois, ça me fait pleurer et je tousse pendant quelques jours à cause des chatouillements provoqués par la repousse. Bref, moi qui n'ai jamais été particulièrement poilu (rien sur les épaules et pas grand chose sur le torse), je me sens basculer du côté obscur. Pour me consoler, je me dis que la virilité de l'homme se mesure à la longueur de son poil, et que tout ça me donnerait presque un faux air de Scorsese. Il me reste encore un peu de temps avant de songer m'inscrire comme sosie de Demis Roussos, ou de rejoindre le groupe Facebook "Je pèse plus de 70 kilos, je suis poilu, mais je ne suis pas un monstre". Mais, franchement, j'ai beau chercher, je ne vois pas à quoi sert le poil, à part à différencier la femme de l'homme, et l'homme de l'animal :
  • "Ca sert à faire comprendre à l'adversaire que l'on est vraiment méchant, et à être facilement reconnaissable sur les publicités pour de l'eau de toilette" (Sébastien Chabal)
  • "Les poils dans le dos, ça fait raccord avec une bonne coupe mullet." (Richard Dean Anderson)
  • "Ca sert à vous faire regretter d'avoir mis un sparadrap le jour où il faut l'enlever"
  • "Les poils, ça nous fait vivre" (Yves Rocher et Jacques Dessange)
  • "Fa donne du farme" (Sophie Favier)
  • Ca permet d'organiser des championnats du monde où c'est encore les Allemands qui gagnent à la fin

23 avril 2008

A apprendre ou à l'essai


Un petit mot pour saluer l'ouverture du site let'z learn qui propose aux anglophones et aux francophones d'apprendre une langue vraiment utile. Le site a été préparé par Cédric, qui avait bien voulu répondre avec humour à mes questions sur la luxembourgophonie à travers le monde en général, et le nord de l'Angleterre en particulier. On y trouve des leçons originales (une seule pour l'instant), et des liens vers des sites externes, dont les fameuses vidéos de Luxpaul, des dictionnaires en ligne et Bonjour.lu.

Dans ces premières pages, il est beaucoup question des bonnes raisons d'apprendre le luxembourgeois, alors que même au grand-duché on vit très bien sans. Comme le site n'a pas vocation à être drôle, on signale :

  • La loi qui impose d'avoir un niveau minimum pour acquérir la nationalité (l'intérêt de la chose étant lui-même discutable, sauf à avoir pour idéal de réussite de devenir conseiller de légation au ministère des classes moyennes),
  • La nécessité de faire survivre la culture locale,
  • L'importance qu'il y a à connaître une langue pour comprendre un pays,
  • Et même la possibilité, en connaissant une langue aussi peu répandue, de posséder une langue "secrète" comprise par un petit nombre d'initiés.
De mon côté, j'ai essayé de trouver d'autres bonnes raisons d'apprendre la langue :
  • Proposer à Marc Girardelli, plus grand skieur luxembourgeois (sic) de tous les temps, de traduire son site web dans "sa" langue,
  • Si vous êtes informaticien, vous allez pouvoir choisir de nommer toutes vos fonctions et vos variables dans cette langue, ce qui augmentera grandement la dépendance de votre entreprise à votre égard,
  • Comprendre ce que dira ma fille aux garçons de son âge lorsqu'elle ira à l'école locale. Si elle y va. Et si elle est autorisée à parler aux garçons,
  • Vous trouver un autre passe-temps aussi inutile que le sudoku, sans abimer les dents avec votre stylo,
  • Aller légitimement acheter son billet de PiccoBello aux Messageries Paul Kraus, sans peur d'avoir l'air bête devant tout le pays si on a les 3 télés,
  • Etre capable de me rendre compte si certains des blogs en luxembourgeois qui ont l'air si bien le sont réellement.

22 avril 2008

Music, mix the bourgeoisie and the rebel...

Dans quelle ville interdit-on la musique pour des raisons de propreté ?

Il n'y a pas que les pochettes de disque que l'on perd avec les MP3. Il y a aussi l'habitude, dans la voiture, d'écouter les cassettes de compilations faites maison, où, soit par un curieux hasard, soit par un acte délibéré de l'enregistreur, soit par la manifestation divine, Waterloo de ABBA succédait à Smells like teen spirit de Nirvana, lui-même faisant suite à Vertiges de l'Amour. Il faut bien faire plaisir à tout le monde.

Aujourd'hui, comme il y a environ 1865 titres sur le lecteur de papa, il est bien rare que le trajet dure assez longtemps pour qu'on les écoute tous à la suite. Un coup de "random", et hop, c'en est fini des associations tordues qui vous faisaient déjà fredonner Riders on the Storm à la fin de La danse des canards, et ce, quelles que soient les circonstances. Le phénomène se produisant une fois sur un million, notre cerveau n'a pas le temps de s'habituer comme il le faisait avec les 3 cassettes qui accompagnaient inlassablement tous les départs en vacances sur les nationales où la seule radio que captait le poste était France Bleue Limousin.

Il nous reste, heureusement, l'ordre alphabétique par titre, pour donner encore une chance aux couples contre nature : Salsa du Démon puis Satisfaction, Atomic de Blondie et Au bal masqué de la Compagnie Créole, Banana Split de Lio et Banquet de Bloc Party. Sans oublier, mon préféré, Nuit de Folie, de Début de Soirée, et Numb de Portishead.

Sinon, la réponse à la question sous la photo, c'est pas Luxembourg, quoi qu'on pense de sa vie nocturne et culturelle, mais Paris. Paris la folle, Paris la vivante, Paris la jeune et dynamique... (OK, je comprends que les solos de djembé à 3h du matin puissent incommoder les riverains du canal Saint Martin, mais l'argument de la propreté reste assez discutable)

21 avril 2008

La Carotte et la Baston

Hélène 1 - Purée de carottes 0

Quand on n'a pas d'enfant, on croit que tout est simple, que les nuits sont faites pour dormir, les week-ends pour faire la grasse matinée et le mot "couches" évoque de vagues souvenirs du cours administration systèmes et réseaux. En tout cas si on a étudié l'informatique. Mais il paraît que les gens normaux aussi font des grasses matinées. Et puis, quand l'enfant paraît, comme dirait l'autre, on réalise que c'est pas aussi simple. D'ailleurs, même après 6 mois, on apprend toujours tout un tas de choses.

Les carottes, par exemple, vous croyez que ce sont des légumes inoffensifs, qui aiment les climats humides et tempérés, les sols profondément ameublis, frais et riches en matière organique. Faux. Les carottes sont fourbes. Fort de votre expérience personnelle avec ce légume, vous les épluchez, les découpez, les ébouillantez, les réduisez en purée. Vous les croyez mortes et bien mortes. Vous en donnez une cuillère à votre enfant, d'un geste assuré, heureux et fier de commencer à faire goûter à votre enfant les plaisirs de la bonne chère. Et, là, sans prévenir, la purée de carotte, animée d'une force insoupçonnée, ne se laisse pas faire : elle ressort de la bouche de votre bébé. Les cuillères se succèdent ; vous les ramassez sur le menton, le bavoir, le pull de bébé, le pantalon de bébé, le transat, le carrelage de la cuisine. La carotte s'échappe. Bébé tente de vous aider en essayant de les retenir avec ses mains, qu'il porte à sa bouche, mais qu'il doit ensuite secouer frénétiquement, agitées par la force invincible de la carotte. Rien à faire. C'est un carnage.

Par une curieux phénomène physique, vous vous retrouvez avec plus de purée de carottes répandue dans un rayon de 3 mètres autour du lieu du crime (y compris dans vos cheveux), qu'il n'y en avait dans la petite assiette. Résigné, vous effacez les traces de la tuerie et songez à votre femme qui fait le même exercice tous les jours de la semaine.

Paradoxe ultime, alors que rien n'a semblé être avalé par votre enfant, vous retrouvez la purée de carotte quasiment intacte, 4 heures plus tard, dans le petit paquet cadeau qui vous est régulièrement offert en récompense de vos efforts.

D'après Paul Eluard


Sur les cahiers rosés du Financial Times,
Sur les lettres usées du clavier de mon PC,
Sur le sable des congés all inclusive en République Dominicaine,
J'écris ton nom.

Sur les pages des contrats signés et paraphés en double exemplaire,
Sur les transactions interbancaires,
Sur le partage des richesses et la crise alimentaire,
J'écris ton nom.

Sur les images dorées à la télé,
Sur les armes des guerriers,
Sur les restructurations, les réorganisations et les délocalisations,
J'écris ton nom.

Sur la jungle des villes et le désert des campagnes,
Sur les travailleurs pauvres,
Sur les golden parachutes,
J'écris ton nom.

Sur la rentabilité,
Sur les quotas de production,
Sur la balance déficitaire,
J'écris ton nom.

Sur les champs de maïs transgénique,
Sur les ailes des avions,
Sur le moulin du rendement des actions,
J'écris ton nom.

Sur le cours de l'once d'or,
Sur la mer, sur les bateaux,
Sur les pays en voie de développement,
J'écris ton nom.

Sur les déréglementations,
Sur les traités européens simplifiés,
Sur la vérité économique et la précarité chronique,
J'écris ton nom.

Sur l'efficience des marchés boursiers,
Sur la dette du tiers monde,
Sur les places de parking qui débordent,
J'écris ton nom.

Sur la lampe qui s'allume,
Sur la lampe qui s'éteint,
Sur les biens de consommation,
J'écris ton nom.

Sur le fruit coupé en deux,
Sur mon caddie de supermarché,
Sur la vie coquille vide,
J'écris ton nom.

Sur les complémentaires santé,
Sur le risque réassuré,
Sur l'espoir sans souvenir,
J'écris ton nom.

Et par le pouvoir d'un mot,
Je recommence ma vie,
Je suis né pour te connaître,
Pour te nommer :

Libéralisme.

16 avril 2008

Drôle de Truc



Avant-hier, j'ai appris un nouveau belgicisme. Comme quoi, même après 7 ans de partage de bien des choses avec des descendants du peuple le plus brave de toute la Gaule, on a encore des surprises.

Je connaissais la différence de nombre entre LA toilette d'outre Quiévrain (quand on regarde au nord) et LES toilettes d'outre Quiévrain (quand on regarde au sud). En France, en effet, les commodités de la conversation vont toujours au moins par deux, ce qui est une bonne précaution pour espérer en trouver une de propre dans un aéroport, mais ce qui est plus étonnant quand il n'y a manifestement qu'une seule cuvette. C'est généralement le cas dans les maisons particulières. En Belgique, on va, par contre, à la toilette, ou aux WC (pronconcez ouécé, comme dans ouagonnet ou béhémoué) ce qui a le mérite de la précision.

Par contre, je ne savais pas que le modèle que tout le monde, des deux côtés du Quiévrain, redoute de trouver au détour d'une aire de repos d'autoroute, au fond d'un vieux café PMU, en colonie de vacances ou dans un pays lointain, portait deux noms différents, selon que l'on est mangeur de chicons au gratin ou d'endives au jambon.

Pour d'obscures raisons, qui ne contribueront certainement pas à favoriser l'entrée future de ce pays dans l'Union européenne, le Français les appelle "à la turque", comme le café, le bain de Jean-Auguste-Dominique Ingres ou la marche de Mozart. Le Belge, quant à lui, les nomme "à pédales", comme les voitures, les pianos ou les poubelles. Lorsque j'ai entendu l'expression la première fois, j'ai mis quelques secondes pour visualiser à quoi pouvait bien ressembler une telle "toilette à pédales". Mais, finalement, le terme me semble plus correct, ne serait-ce que parce que seuls les français attribuent à la Turquie l'invention de la toilette à position accroupie, par ailleurs semble-t-il la meilleure possible en terme d'hygiène et de physiologie. Egalement parce que cela donne une connotation sportive au dispositif, ce qui n'est pas tout à fait infondé. Et, enfin, parce que cela permet de visualiser plus clairement la chose, en soulignant le perfectionnement du trou originel par l'adjonction des deux fameuses pédales qui, pour tout immobiles qu'elles soient, n'en sont pas moins précieuses.

11 avril 2008

SOS GPS

Il est des rencontres qui changent une vie : Avant, tu galérais pour lire une carte Michelin. Tu roulais à vingt kilomètres heure pour pouvoir déchiffrer les petits panneaux et savoir si tu étais sur la départementale 81 ou la nationale 18. Tu te rendais compte que tu aurais mieux fait de prendre la carte 251, et pas la 278, parce que , forcément, Vesoul est entre les deux. Une fois arrivé à destination, avec trois heures de retard, il te fallait encore une heure pour replier la carte, que, excédé, tu envoyais, roulée en boule, rejoindre ses congénères sous le siège passager. Entretemps, tu avais eu la pire dispute de ta vie de couple, pire que quand ta femme avait proposé d'emmener sa mère en vacances, c'est dire. Et, bien entendu, une fois arrivé, tu avais loupé l'apéro. Maintenant, joies du progrès, miracle de la science, tu as un GPS.

Personnellement, c'est il y a 5 ans que j'ai fait la connaissance de la femme qui m'indique, depuis, la route à suivre. Au début, ça fait bizarre, on se dit qu'elle doit se tromper, que si le beau sexe savait lire une carte, ça se saurait, et puis on s'y fait vite.

Le premier jour, on met 30 minutes pour rentrer l'adresse de son boulot, et on vérifie que la machine prend bien le chemin le plus court pour y arriver (à savoir 3 minutes).
Au bout d'une semaine, on a envie de regarder l'écran plutôt que la route. Mais on se rend compte qu'il y manque quand même une information relativement importante pour conduire : les autres véhicules. Et les feux rouges. On se prend à rêver d'un GPS de nouvelle génération qui, en plus de vous indiquer les tournants et les ronds points, tel un enfant sur le siège arrière, vous dirait "c'est vert".
Au bout de deux semaines, et après un détour de 50 kms pour avoir pris la mauvaise sortie lors d'un départ en vacances, on maîtrise la subtile différence entre "prenez à gauche" et "tournez à gauche".
Au bout d'un mois, on connaît les répliques par coeur et chaque "si possible, faites demi-tour" sonne comme un échec personnel.
Au bout d'un an, on fait attention à bien orthographier les noms des villes, et on se méfie des communes homonymes, surtout quand l'une est dans la Meuse et l'autre en Haute-Savoie.
Au bout de trois ans, les ronds-points et les déviations ont fleuri, les promoteurs immobiliers ont planté de nouveaux lotissements, le doute s'immisce quant à la pertinence des indications de la madame enfermée dans le tableau de bord... c'est l'occasion de tenter les fonctions "dévier le parcours" et même le TMC.
Au bout de cinq ans, on est devenu GPSodépendant. Pas plus tard qu'hier, je me suis retrouvé seul au volant d'une voiture de location en sortant de l'aéroport de Marseille. Une ville que je ne connaissais pas. Pour aller rendre visite à une entreprise que je ne connaissais pas plus. Située dans une zone d'activité où les bâtiments de bureaux ressemblent à des bâtiments de bureaux... L'excuse officielle de ma demi heure de retard, c'est l'avion qui a mis du temps à décoller. Et, au retour, pour trouver une station service près de l'aéroport, puis après ça retrouver le chemin de l'aéroport, perdu entre le Carrouf et les HLM de Vitrolles, j'ai eu tout juste le temps de sauter dans l'avion pour retrouver la grisaille du Luxembourg.

08 avril 2008

Sporting


Assis à la vitrine d'un café restaurant de la rue des Récollets, j'ai échappé aux choucroutes de la Gare de l'Est, résisté à la tentation du jarret braisé, pour un déjeuner plus parisien, à cinq minutes de là, au bord des rives du canal Saint Martin. Il y a 8 ans, en stage, je sortais souvent dans ce coin. L'eau a eu beau couler sous les ponts, le quartier compte toujours son quota d'endroits sympas. Je sors une feuille, range le GSM. Aujourd'hui, je déjeune avec ma chronique.

Quand on doit manger seul au restaurant, j'en ai déjà parlé, on a le temps de compter les bulles dans son verre de Badoit, de faire tomber les miettes du pain, de plier et déplier quatre fois sa serviette. Les conversations des tables voisines prennent également un vague intérêt. Je suis bien tombé : à ma gauche, 4 informaticiens, dont un à lunettes, un à catogan et un à bouc. A ma droite, deux copines parlent bébé, une poussette à côté d'elles. Dépaysement très relatif.

... Package système ... faudrait qu'on re-déménage ... XML ... j'ai besoin qu'on se retrouve ... beaucoup de communication pour peu d'information ... au niveau des versionnings ... le plus efficace possible ... ajouter des scripts ... team leader ... module ... crèche ... une formule salade de boudin tiède ... chauffer de l'eau ... problème d'écrasement dans deux bibliothèques différentes ... longtemps avec lui ... merci ... son anniversaire ... ça va être très très chaud ...

Un homme hésite devant l'ardoise, il entre. Je finis mon café et demande l'addition.

07 avril 2008

Baby Babel


Quand vous arrivez ici, on vous dit : "au Luxembourg, c'est facile, tout le monde parle le français, l'allemand et l'anglais. Y en a même beaucoup qui parlent aussi le luxembourgeois, le portugais et l'italien". Tout ça en même temps ? Ca doit être limpide comme un formulaire de déclaration d'impôts. En fait, la répartition de l'utilisation des langues est assez subtile, même si, en général, vous pouvez partout parler français, dans le sud du pays et à la Stadt en tout cas. En fait, tout dépend du contexte :

  • Les lois sont en français, héritage du code civil napoléonien.
  • A l'école, si on excepte les écoles française, européenne, internationale ou américaine, la langue de référence est d'abord le luxembourgeois, puis l'allemand pour apprendre à lire, et le français.
  • Au guichet d'une administration, vous parlez luxembourgeois, allemand ou français. l'anglais est assez souvent compris. De toute façon, vous pouvez râler dans la langue que vous voulez, il vous manquera toujours le formulaire E128-B. Les formulaires, justement, sont disponibles dans plusieurs langues, y compris le portugais et l'anglais, qui ne sont pas des langues officielles mais comme on a échappé aux ayatollahs flamands, on part du principe que les langues sont des outils de communication et non d'opposition.
  • A la caisse d'un supermarché, vous parlez français. Sauf chez Cactus et Alima où le luxembourgeois marche toujours assez bien. Dans votre caddie, les étiquettes des produits sont en français et en néerlandais, la plupart des fabricants considérant que nous appartenons au Bénélux, ce qui n'est pas faux, notez. Cela vous permet d'enrichir votre vocabulaire hollandais d'expressions très utiles, quoi que pas évidentes à replacer dans un plan drague avec Karen Mulder : "bescherming","ten mindestens houdbar", "gebruiksanwijsing" ou "sinaasappelsap".
  • Lorsqu'un policier vous arrête, il paraît que l'amende est susceptible d'être réduite si vous lui répondez en luxembourgeois, il y aurait même certains officiers de la police grand-ducale prêts à fermer les yeux sur des infractions aussi graves que rouler à 52 km/h en agglomération...
  • Les panneaux de signalisation sont en français, les panneaux indicateurs des villes et des rues sont souvent sous-titrés en luxembourgeois, un peu comme en Provence ou en Bretagne.
  • Les magazines dans les salles d'attente des médecins sont en allemand, mais comme ils datent de 1987, on s'en fiche un peu.
  • Les journaux gratuits sont en français, les payants étaient en allemand (il en existe maintenant en français), et les magazines locaux (Revue, Autojournal) en allemand et parfois luxembourgeois. Le bulletin municipal de la capitale est multilingue, français, allemand, anglais selon les articles.
  • A la télé, vous devez passer par le câble (ou la parabole) et vous captez donc les chaînes hertziennes françaises, belges, allemandes, Eurosport en allemand ou en français selon le câblo opérateur qui sévit dans votre quartier (vous n'avez pas le choix), MTV en hébreu ou en allemand selon la même répartition, ainsi que les 2 RTL locales en luxembourgeois (sous-titrées parfois en français), CNN, la RAI uno, la TPE, la RTP et d'autres chaînes exotiques, pleines de documentaires animaliers et d'émissions culinaires, que je n'ai vues qu'une fois, le jour où j'ai réglé ma télé.
  • Au cinéma, les films sont en VO, sous-titrés en français et néerlandais. Ca a l'air barbare, mais on s'y fait. Sauf les films pour enfants, qui peuvent être doublés en allemand, sans sous-titrage pour les parents qui se sont trompés de séance et n'ont pas eu la chance d'apprendre à lire dans la langue de Tokio Hotel. A la cinémathèque, de temps en temps, on a aussi des VO non sous-titrées, dur dur.
Mais la palme du multilinguisme revient sans conteste aux Institutions européennes, hébergées en partie ici, où on l'on traduit, publie, écrit, corrige, édite plus de 20 langues en permanence, y compris l'indispensable gaélique et le très répandu maltais, mais pas le luxembourgeois !

02 avril 2008

Bienvenue chez les Lulus


Y a pas de raison que le Nord Pas-de-Calais soit la seule région pourrave qui ait le droit à son film à succès. Au Luxembourg aussi on a des cités minières, des postiers en camionnettes jaunes, un stade de foot, des baraques à frites, un climat peu clément et un patois chantant. Alors voila ce que cela aurait pu donner si Dany Boon avait été luxembourgeois (ou si Jean-Claude Juncker avait été un comique) :

- J'ai une mauvaise nouvelle, t'es muté dans le Nord.
- A Lyon ?
- Non, dans le Nord... Nord.
- Me dis pas qu'ils m'envoient à Paris ?
- Ha, pas à Paris.
- J'ai une mauvaise nouvelle, t'es muté au Luxembourg.
- Dans le jardin ?
- Non, au Luxembourg... Luxembourg.
- Me dis pas qu'ils m'envoient dans la station de RER ?
- Ha, pas dans la station de RER.


Ils font des "o" à la place des "a", des "ke" à la place des "che", et les "che" ils les font, ils les font oui, mais à la place des "se". Et quand tu crois les comprendre, t'apprends que "serpillière" ça se dit "wassingue".
"Au revoir" ça se dit "arwär", "merci" c'est "merci", "adieu" c'est "ädi" et une fois que tu crois que c'est simple, t'apprends que "s'il vous plaît" ça se dit "wann ech gelift".

En été, ça va parce que tu as zéro, moins un. Mais l'hiver ça descend... ça descend. Moins dix, moins vingt, moins trente. Tu restes couché, ils te foutent moins quarante...
En été, ça va parce qu'il pleut que le matin. Mais l'hiver, ça tombe, ça tombe, tous les jours, toutes les semaines, tous les mois. Tu achètes un parapluie, ils te foutent du brouillard, de la neige et du givre...

Tant que t'as po mal au cul, tu peux toujours t'assouère eud'ssu !
Zu gudder Lescht, dach di Bescht

Une fricadelle, tout le monde sait ce qu'y a dedans, mais personne ne l'dit
Une Mettwurscht, personne sait ce qu'y a dedans, et tout le monde mange des Thüringer

Et, surtout, à la fin de chaque phrase, tu fais "haaaan". Pas le petit "hein" de "un deux trois", faut que ça parte du ventre.
Et, surtout, à la fin d'un mot sur deux, tu fais "làààà". Pas un petit "la" comme dans "tralala", faut que ta langue touche ton menton.

Bonjour, c'est eul poste ! On n'a pas de colis pour vous mais on a soif !
Moien, c'est les PéTé, làààà, on a un postpack pour vous, lààààà, faudrait venir le prendre, y a la Bofferding qui réchauffe, làààà.


A part ça, avant, si tu voulais voir une comédie et que tu mettais un peu trop de temps à t'organiser, il y avait toujours un ou deux collègues ou copains pour te raconter tous les dialogues et toutes les situations. Maintenant, grâce au progrès, tu peux compter sur environ 2 millions de pages web pour te gâcher le plaisir.

01 avril 2008

Tout un Fromage


Dans la catégorie des traiteurs de luxe, dont le centre-ville de Luxembourg n'est pas avare (je ne citerai que Wengé et Oberweis), la boutique Kaempf-Kohler, à un jeté de pâté au Riesling de la place d'Armes, offre une possibilité assez unique, je crois, au promeneur qui souhaiterait combler un petit creux après hissé son vél'oh! depuis la vallée de la Pétrusse. En effet, s'il est aisé de trouver ici des saucisses, des pâtisseries, des gromperekichelcher, des gaufres ou des glaces, moins nombreuses sont les occasions de déguster un vieux Comté à moitié cristallisé, un Roquefort des familles ou un Chaource dégoulinant. Dans cette boutique, c'est possible. Et, malgré le prix un peu élevé, la formule qui allie un verre de vin et une assiette de fromages a son petit succès sur le coup des 16h30. Ca fait plus classe que la pause Mc Do que prennent, à l'autre bout de la place, les lycéens qui rentrent de cours, mais niveau odeur sur les doigts, haleine et calories, ça doit se valoir à peu près...

Personnellement, ça ne me viendrait pas à l'idée de manger du fromage en dehors d'un repas, mais c'est sans doute parce que j'ai gardé mes habitudes françaises de petit mangeur. En dépit de ce que nous croyons, ce n'est pas la France qui produit le plus de fromage, mais les USA, et la Grèce le pays où on en consomme le plus par habitant.

Niveau spécialités locales, au Luxembourg, je ne connais que la cancoillote, appelée ici Kachkéis, et mangée tartinée sur du pain ou avec des saucisses, et le Chapelain, produit industriel sans goût ni odeur particulière.